Vie quotidienne

Convert express

Ça faisait longtemps que je n'avais pas vu mes amis évangélistes! Non pas qu'ils me manquaient, mais je me commençais à me demander s'ils étaient tombés malades, ou pire s'ils avaient fini par se convertir au polythéïsme Shinto.

Mais en fait non, ils vont très bien, ils sont en pleine forme, c'est juste que la forme de prosélytisme à laquelle j'étais habitué (le haut-parleur qui diffuse des extraits de la bible au milieu d'une artère fréquentée) semble être passé de mode.

Les haut-parleurs ne font pourtant pas tâche dans l'environnement urbain Tokyoïte où le moindre marchand de chaussures hurle dans un micro ou un magazine enroulé, mais peut-être n'étaient-ils pas du goût des autorités. Ne doutons pas cependant qu'ils reviennent aux périodes clé de Noël et du Shougatsu - c'est vrai, c'est tellement marrant d'aller casser les couillles oreilles des autochtones avec des menaces d'une religion à laquelle ils ne croient pas et ne veulent pas croire.

Quoi qu'il en soit, laissez-moi vous présenter, si vous ne le connaissez pas déjà (car il sévit depuis un certain temps déjà) un autre type de missionnaire, moins bruyant mais bien plus insidieux celui-là :

5 minutes english course (soul saving included)

Car sous l'apparence bonhomme de ce bon père de famille made in america se cache en fait un redoutable évangéliste. D'un autre côté, pour quelles raisons peut-on bien se mettre dans la rue avec une pancarte proposant 5 minutes de conversation en anglais gratuite? Les actions étranges sont souvent entourées des intentions les plus douteuses.

Le plan d'action du missionnaire/prof d'anglais est simple et directement calqué sur celui de ces types en imperméable gris qui donnent des bonbons aux enfants à la sortie de l'école : dans un premier temps, appâter le chaland avec quelque chose qui l'attire (ici la conversation en anglais), puis l'emmener discrètement dans un coin où l'on lui montrera sa grosse bi... ble. Car vous n'êtes pas sans savoir que l'obsession principale du Japonais moyen est de savoir parler anglais dans le but de (pour les hommes) montrer à son patron qu'on est super international et capable de communiquer avec ces bêtes bizarres et bruyantes que sont les étrangers, ou (pour les filles) se trouver un petit copain gaijin qui l'abandonnera après l'avoir sautée dans un Love Hotel miteux suite à la promesse d'une fuite aux states sur un beau cheval blanc.

J'avais déjà lu ici et là quelques témoignages sur ces évangélistes déguisés en bon samaritains de la langue de Shakespeare, et ai donc directement abordé celui-ci avec la question "Vous êtes de quelle église?". Même pas étonné d'être démasqué, il me répond "Baptistes". Il s'agit en effet de l'un des groupes évangélistes chrétiens les plus actifs ici (avec les Mormons et les Témoins de Jéhovah).

Méfiance cependant si vous croisez ces gentils messagers de Dieu à l'air anodin, surtout s'ils vous proposent de faire un tour dans leur église ou temple : certains témoignages font mention d'usage de drogue dans la boisson gracieusement offerte en entrant dans le lieu saint. Puzzled De quoi vous mettre dans un état de vulnérabilité qui leur laisse tout loisir d'introduire ce qu'ils veulent dans votre tête... ou ailleurs. Jawdropping!

Quand le couple prend l'eau

Le parc Inokashira, lieu agréable pour une petite ballade (et accessoirement bon point de chute avant de se rendre au musée Ghibli), abrite également le lac du même nom. Ce lac est soumis à une légende : il paraîtrait que les couples qui s'y aventurent en bateau sont condamnés à se séparer prochainement. C'est donc en toute logique et sur la base de ce message publicitaire encourageant qu'une petite compagnie loue barques et pédalos aux couples de passage.

Passons outre cette contradiction (nous sommes au Japon après tout) et balladons-nous plutôt sur les bords du lac où nous allons remarquer une autre chose troublante parmi le nombre impressionnant de couples qui défient la jalousie divine. J'ai pris quelques photos avec mon téléphone, voyons si vous voyez de quoi je veux parler.

Pièce no. 1 :

Boat ride in Inokashira park

Alors? Bon, pièce no. 2 :

Boat ride in Inokashira park

Toujours pas? Pièce no.3 :

Boat ride in Inokashira park

C'est pourtant facile... Pièces no. 4 et 5:

Boat ride in Inokashira park

Boat ride in Inokashira park

Bien vu, sur le lac Inokashira, ce sont les filles qui rament.

« Quoi! », que je vous entend dire, « mais en plus d'être des pervers suicidaires, les hommes japonais sont de vrais rustres! ». Du calme, du calme. J'ai ma petite théorie à ce sujet.

Car vous aurez remarqué qu'en plus de ramer, elles sourient pendant que leur conjoint reste assis à l'arrière du bâteau avec un air con semblant vouloir dire « mais pourquoi t'as absolument voulu venir ici? » Puzzled Eh bien mon fier ami nippon je pense connaître la raison de cette venue et de cette ardeur suspecte à prendre les avirons : depuis trop longtemps, tu as dû te montrer à la hauteur de ta réputation au lit, ou alors tu as dépensé tout ton bonus au Kabakura ou au soap land et tu trouves ça normal, ou peut-être encore que tu prend trop ta copine pour ta mère et ta domestique, mais le résultat est là : elle en a marre de toi et tu peux t'attendre à avoir rendez-vous tous les dimanches au lac Inokashira pour une petite ballade romantique en barque! Enfin, jusqu'au jour où elle aura marre d'attendre le salut divin et te noiera "par accident". Evil

Car enfin, quelle autre explication pourrait-il y avoir à la présence de ce couple dans la soixantaine, l'épouse tenant une pagaie dans chaque main et le mari ayant une tête à claquer sa retraite au pachinko? (et accessoirement à avoir une bonne assurance vie, remarquez comment la barque penche fort de son côté)

Boat ride in Inokashira park

Pas de doute possible, les hommes japonais sont donc des amants terribles.

À moins qu'ils ne soient tout simplement pas complexés ni supersticieux pour deux sous. C'est ce bateau avec un père et sa fille qui me fait quelque peu douter de ma théorie :

Boat ride in Inokashira park

Allez petite, souque ferme! Papa veut vite rentrer pour siroter une bière devant le match de base-ball! :D

Message à caractère informatif

Récemment, un moment gni? 0_0 à la gare d'Ikebukuro à la vue de cette banderole largement déployée sur un quai et signée des services de police :

Oi, Chikan!

Banderole que l'on pourrait traduire par : Eh, Chikan! Arrêtes tes conneries, eh, Chikan!!

Pour ceux qui ne connaissent pas, un Chikan, c'est un gars qui se glisse dans les transports en commun bondés afin de peloter les jeunes filles. On pourrait penser à la vue d'une banderole comme celle-ci que le phénomène est devenu problème de santé publique ; et en effet les activités des pervers ne se trouvent pas que dans les journaux (j'ai notamment eu il y a longtemps l'écho d'une personne qui s'était retrouvée avec diverses substances plus ou moins collantes sur son manteau... Blasé). Il faut cependant garder à l'esprit que la limite d'alerte au Japon est très basse pour tout ce qui a trait à la sécurité et à la criminalité, et que ce genre de mesure n'implique pas forcément une invasion de pervers dans les transports en commun. Car si le phénomène Chikan semble être une préoccupation pour les autorités, le Japon enregistre selon les statistiques (certes toujours discutables sur un tel sujet) un nombre très faible de viols (17 fois moins qu'aux États-Unis, 8 fois moins qu'en France par exemple) et puis bon, faut bien que les soldats américains s'amusent aussi, quoi.

Mais revenons à notre message informatif, qui comporte une autre propriété intéressante. Il s'agit d'un Haiku! Du moins dans la forme. Ces petits tercets de 5, 7 et 5 syllabes, faciles à mémoriser, sont en effet souvent utilisés pour faire passer des messages de prévention. Une sorte d'ôde poétique aux mains sages qui restent dans leurs poches...

Oi, Chikan
Ii kagen ni shiro yo
Oi, Chikan

Chronique d'un échec annoncé

Bon, je sais pas ce qui se passe en ce moment, mais dès que je repasse sur ce blog il s'est déjà écoulé une semaine alors que j'ai toujours plein de posts à faire. Blasé Ça doit être ça, "être occupé"... Pense...

Alors un petit post très rapide pour confirmer ce que je savais déjà bien avant de le passer, à savoir que j'ai comme prévu parfaitement réussi à échouer à mon JLPT 2. Mon score est de 201/400 alors qu'il faut 240 pour l'obtenir, c'est déjà la moyenne et c'est pas mal me direz-vous, peut-être mais n'oubliez pas qu'il s'agit d'un QCM et que même si l'on répond n'importe quoi, on a une chance sur quatre d'avoir bon quand même. Bonne leçon également, ce n'est pas parce que l'on "parle" le Japonais que l'on connait le Japonais.

Je pourrais prendre une bonne excuse en disant que les textes étaient longs et difficiles, que je ne suis pas venu ici pour apprendre le Japonais et que c'est déjà pas mal, mais je dirais simplement que je savais que je ne l'obtiendrais pas parce que j'ai été une grosse feignasse et que je n'ai pas assez bossé. Point. Cet examen ne me tenait pas vraiment à coeur, je voulais juste voir où j'en étais, mais je compte bien mieux le préparer en juin et espérer, cette fois, l'obtenir.

Comme prévu, la partie compréhension écrite s'est plutôt bien déroulée, et c'est principalement la lecture (pour laquelle je suis trop lent et pas assez bon en kanji) et la grammaire (dont j'ai juste rapidement survolé le bouquin) qui m'ont descendu. M'enfin même si je l'avais eu de justesse, je n'aurais pas été satisfait et je pense que je préfère m'être planté histoire d'avoir une excuse de le repasser lors de la prochaine session. Sticking out tongue

Voilà donc, juste pour les deux personnes qui devaient se demander si je ne l'avais pas eu malgré tout. On en reparlera donc en Juin, d'ici là j'ai quelques bouquins un peu plus corsés à lire et j'espère que je serais assez motivé pour bosser correctement cette fois! Ben oui, on a mieux à faire ici que de rester plongé dans des bouquins... :cool:

La véritable position du missionnaire

Tout d'abord, mes excuses pour la longue parenthèse sans post! J'ai eu à faire sur d'autres fronts, et malheureusement le blog est la première chose qui pâtit une fois que je deviens occupé. Qui plus est en cette nouvelle année je me sentais plus d'humeur à coder qu'à écrire. Mais me revoilà, j'espère juste que vous ne vous êtes pas tous barrés. Sticking out tongue

Ah, j'allais oublier : bonne année! ;)

La nouvelle année, justement on va en parler un peu. Vous savez déjà sans doute qu'il est de coutume ici d'aller faire une petite visite au temple afin de s'attirer les bonnes intentions des Kamis pour la nouvelle année. Cette année non plus, je n'ai pas dérogé à la règle et me suis rendu cette fois au Kawasaki Daishi, l'un des temples les plus fréquentés. Pour être fréquenté, ça l'était en effet - bien que le nouvel an était déjà passé depuis quelques jours, la foule était toujours là, créant une queue qui occupait plusieurs rues. Une bonne paire d'heures d'attente en perspective, mais heureusement, il y avait de la distraction.

Enfin, de la distraction, il faut voir - en l'occurence, il s'agissait des gentils évangélistes dont j'avais déjà parlé, qui ont l'air d'avoir compris entre temps qu'il était vain de tenter d'éveiller la spiritualité des J-pouffes de Shibuya et se sont redirigés vers une clientèle à priori plus réceptive au message divin, puisque se rendant au moins une fois l'an au temple. Ils n'ont donc rien trouvé de mieux que de placer quelques paires de Nazguls avec pancartes et hauts-parleurs à des coins de rue bien choisis, de façon à maximiser leur visibilité.

Christian evangelists spoiling the day of Japanese coming to pray at the shrine
À gauche: "Le jour où Dieu jugera le monde est déjà décidé"
À droite: "Heureux ceux qui ont purifié leurs péchés"

Christian evangelists spoiling the day of Japanese coming to pray at the shrine
Charisma man a aussi la foi!
À gauche: "Aie la foi en le vrai Dieu!"
À droite: "Jésus te purifie de tes péchés"

Christian evangelists spoiling the day of Japanese coming to pray at the shrine
Les mêmes vus à partir de la foule. On ne peut pas les manquer, ni les pancartes ni les slogans sortant des haut-parleurs.

Pour ceux qui ne lisent pas le japonais, je précise que le ton employé est très impératif, limite paternaliste. Ils auraient une pancarte qui dit "Convertis-toi ou tu pourriras en enfer, sale polythéïste bouffeur de poisson!" que ça ne me choquerait pas plus. Mais le plus troublant est le contexte dans lequel cette blague prend place.

Nous avons en effet des évangélistes qui viennent peinard faire du prosélytisme très offensif aux abords d'un lieu sacré d'une autre religion, qui plus est lors d'un évènement religieux majeur et en plein milieu de la foule des fidèles. Mais le plus étonnant? C'est qu'ils ne se font pas massacrer.

Je sais pas moi, mais juste pour rigoler, essayez d'imaginer la même scène autour de la Kaaba pendant le pélerinage à la Mecque : les malheureux finiraient lapidés, martyrs pendus par les couilles pour leur église, on irait brûler quelques drapeaux et deux ou trois ambassades américaines en meuglant devant les caméras de CNN, la CIA ferait dicter un nouveau message au sosie de Ben Laden, bref on aurait une jolie démonstration de cette tolérance religieuse que les monothéïstes sont si prompts à réclamer quant il s'agit d'aller piquer des fidèles aux autres mais un peu plus réticents à s'auto-appliquer.

J'avais déjà dans mon précédent post sur le sujet expliqué le rapport très ambigü aux yeux d'un Occidental que les Japonais entretiennent avec les religions. Nous en avons encore là un bel exemple : plus qu'à la tolérance, c'est surtout à l'indifférence des fidèles que ces hommes-sandwiches doivent leur salut. Mais quand bien même, dans le tas des visiteurs il devait bien y avoir quelques sincères fidèles du shinto, sans parler du personnel du temple. Pourtant personne n'a jamais été leur dire quoi que ce soit ni ne leur a lancé un regard de travers. Personne à part moi n'a même pris la peine de relever l'impertinence de leur présence. Ils étaient tout simplement transparents.

Alors quand je vois ça, non seulement je me dis que de ce point de vue il fait vraiment bon vivre au Japon, mais je me demande aussi pourquoi ces pauvres gus gaspillent autant de temps à tenter en vain de sauver l'âme des autres au lieu de le consacrer à l'amélioration de la leur.

Notez que pour être juste je devrais aussi parler un peu des multiples religions Japonaises. Outre les principales sectes (au sens litéral du terme) bouddhistes et shinto, on compte une multitude de religions plus récentes et plus obscures qui, elles, s'entendent plus selon le sens péjoratif du mot. Comme beaucoup de cultes modernes, elles s'appuient sur une ou plusieurs religions existantes, mettent en scène un prophète chargé de transmettre le "véritable" message, et fournissent ainsi un prétexte au dit prophète pour recevoir argent et cuissage sur les fidèles du sexe opposé. Tiens, en fait ce n'est pas tellement différent des religions traditionnelles.

Mais ces cultes récents diffèrent des croyances typiques japonaises pas un prosélytisme plus actif et surtout par un empiettement plus important sur la vie quotidienne. On connaît surtout la secte responsable d'un attentat au gaz en 1995 dans le métro de Tokyo, Aum Shinrikyou (mais regardez-moi cette tronche! quand vous voyez un barbu comme ça, ça ne peut être qu'un prophète ou un geek - parfois c'est même les deux). Mais il faut compter également sur Sokka Gakkai, Mahikari, la Tenrikyou (dont vous pouvez voir ci-dessous les membres en formation, croisés dans la gare d'Omiya), et bien d'autres encore.

Tenrikyou worshippers walking in Omiya station

Et ne pensez pas que ce phénomène est typiquement japonais - ces trois dernières organisations ont leurs branches en France, et puis dès qu'il s'agit d'inventer des cultes, les Français ne sont pas en reste.

D'ailleurs si certains parmis vous sont partants pour me soutenir, je compte prochainement lancer mon propre mouvement apocalyptique. Outre la vénération de ma personne, il aura pour but de commettre des attentats au Ukon no Chikara dans les stations JR le vendredi soir afin de sauver les salarymen de satan gueule-de-bois.

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