Pratique

Le pont des Kappas

Parmis les cadeaux que l'on aime bien ramener à ses amis, les accessoires de cuisine japonaise sont indiscutablement dans le top 5 des plus populaires (avec les jeux vidéos, les darumas et maneki neko, et les revues et vidéos hentai). Si l'on peut trouver ce genre d'accessoires dans les aéroports et même les Yodobashi Camera, quoi de plus triste que de savoir que l'on ramène finalement un accessoire que l'on aura payé cher pour avoir été spécialement conçu à l'intention des touristes que nous sommes?

Kappabashi

À Tokyo, il est cependant possible de vous fournir au même endroit que les professionnels et donc de vous procurer du matériel authentique et à prix raisonnable. Pour cela, rendez-vous à la station Tawaramachi du métro de Tokyo (juste à côté du touristique Asakusa) et marchez quelques minutes pour vous retrouver à Kappabashi. Une grande avenue et ses ruelles sont entièrement dédiées aux accessoires de cuisine et vous y trouverez absolument tout, de la petite théière en terre cuite aux faux plats en plastique que l'on trouve à l'entrée des restaurants.

Kappabashi Kappabashi
Kappabashi Kappabashi

Par ailleurs, la ballade dans le quartier est particulièrement plaisante et peut facilement remplir une après-midi ; outre le plaisir qu'il y a à voir tous ces jolis couverts, on trouve également quelques animations notables, comme ce clocher mécanique à l'entrée d'un grand magasin, devant lequel on trouvera toujours un groupe de curieux profitant de la musique.

Et surtout, j'y ai trouvé le bateau à sushis que m'avait demandé le pote à qui j'avais aussi promis l' accessoire Hello Kitty d'un autre genre. Décidemment, on peut dire que je me démène pour mes amis! ;)

Au paradis du geek

Au risque de passer pour un gros geek (il faut s'assumer, me diront certains), je dois faire une confidence : j'ai toujours détesté acheter des fringues. Je n'ai jamais été intéressé par la mode, au grand dam des petites Japonaises qui s'imaginent que je dois forcément être oshare, puisque je suis Français. Tant pis pour les idées reçues sur la France.

Heureusement, au Japon s'habiller est moins coûteux et moins chiant qu'en France. Bien entendu, il y aura toujours les boutiques de luxe et le Shibuya 109 pour les J-pouffes fortunées, mais il existe aussi d'autres solutions rapides et moins coûteuses pour Gaijin fauché. Là les connaisseurs du Japon savent déjà que je vais parler d'Uniqlo.

À moins de chercher dans le quartier de la Défense à Paris, vous n'avez probablement pas vu cette chaîne de magasins qui a pignon sur rue au Japon. La formule est simple et peut se résumer par un achat que j'y ai effectué récemment, devant me rendre à un évènement "officiel" exigeant un costume :

  • Pantalon : 1,990Y
  • Veste : 4,990Y
  • Chemise : 1,990Y
  • Cravate : 790Y
  • Mouchoir (pour faire classe dans la poche de la chemise Sticking out tongue) : 290Y

Soit au total, 10,000Y (ou 75€) pour un costume complet, et pas moche du tout avec ça. On y trouve par ailleurs des jeans très classes et très bon marché, et tout le nécessaire pour s'habiller tous les jours.

Mais mon instance préférée d'Uniqlo, c'est ce petit magasin appelé Uniqlo UT qui se trouve à Harajuku, où l'on trouve tout ce qu'il faut pour habiller un geek. À savoir, des t-shirts geeks.

Uniqlo UT - cool T-shits sold into cans!

Le magasin ne ressemble vraiment pas à une boutique de vêtements. Déjà, il se limite à la vente de créations exclusives, reprenant souvent des thèmes liés aux animés ou aux jeux vidéos. Ensuite, en dehors des échantillons permettant de comparer motifs et tailles, les t-shirts sont enfermés dans des espèces de capsules en plastique à prix unique : 1,500Y, soit approximativement 10€.

Et pour ce prix-là, vous trouverez des Pacman brodés, des Megaman, des Astro et autres Ashita no Joe, mais aussi des t-shirts reprenant les couleurs d'animés ou de jeux plus récents.

Uniqlo UT - cool T-shits sold into cans!

Les modèles roulent très vite et sont souvent remplacés, mais l'explorateur du site de la boutique permet de voir les nouveaux arrivages. Une bonne visite en tout cas pour ceux qui sont de passage dans le coin, dont on ne repart pas les mains vides!

Haut les mains, sans les mains

Vous avez probablement déjà entendu parler du skimming, ce procédé qui consiste à copier les données d'une carte bancaire à l'insu de son utilisateur pour en fabriquer une copie. L'attaquant n'a alors plus qu'à se procurer le code de sa victime, et il peut alors effectuer des achats en toute impunité.

Les Japonais n'utilisent que très peu la carte bancaire pour régler leurs achats. En revanche, ils sont exposés à un autre problème. Depuis des années, des cartes RFID (sans contact, que l'on passe simplement au-dessus d'une borne) telles que la Suica (puce FeliCa) sont utilisées dans les transports en commun et comme porte monnaie électronique pour certains magasins, restaurants et distributeurs. C'est vraiment très pratique, il n'y a qu'à sortir sa carte (ou son portefeuille si la carte est dedans), à la placer à moins de 5 centimètres de la borne, et bam, la transaction est effectuée. Lorsque l'on voyage, la somme est ainsi automatiquement prélevée à la station d'arrivée, en fonction de celle de départ.

Carte Suica

Ces cartes, qui ne sont pas nominatives par défaut, peuvent également contenir vos abonnements à certaines lignes de train, ainsi que d'autres informations. Elles ont rencontré un tel succès que les opérateurs téléphoniques ont fini par inclure la FeliCa dans leurs téléphones mobiles, qui peuvent donc également être utilisés comme porte monnaie, avec la possibilité de consulter les dernières transaction et de recharger son crédit via son compte mobile.

Les transactions entre la carte et le lecteur sont bien entendu protégées autant que faire se peut... Pour autant, le skimming existe bel et bien au Japon, sous une toute autre forme.

Anti-skimming devices at Yodobashi

Un simple appareil portable, un utilisateur un peu négligent, et le tour est joué. Nul besoin pour l'attaquant d'établir un contact physique avec la carte pour la pirater, étant donné que celle-ci fonctionne sans contact! Et la transaction ne nécessitant aucune autre forme d'authentification, l'utilisation des données volées est d'autant plus simple. Un seul moyen de se protéger : faire taire la carte lorsqu'elle n'est pas utile.

C'est chose facile avec les portables qui doivent explicitement être activés avant d'établir un paiement. Mais dans le cas de la carte classique, la seule solution efficace est de sortir couvert.

Anti-skimming devices at Yodobashi

Ces espèces de capotes pour RFID les empêchent tout simplement d'émettre tant qu'elles se trouvent à l'intérieur. On en trouve de toutes les couleurs, de tous les genres, et si vous aimez Hello Kitty, il en existe bien entendu un modèle! C'est moins pratique car il faut sortir la carte de son étui à chaque utilisation, mais tellement mignon...

Et grâce à la machine marketing, la peur de se faire pirater son petit porte monnaie électronique est grande ici, malgré les risques au final plutôt anecdotiques (l'attaquant doit savoir à l'avance où se trouve la carte et placer son appareil suffisamment près, ce qui n'est pas des plus discrets...). Ceci dit, à 1500Y (près de 10€) pièce pour l'équivalent d'une feuille d'aluminium, il y a au moins certains voleurs qui y trouvent leur compte...

Le déménagement de Noël

Ça y est, j'ai enfin fait ce que j'aurais dû faire depuis longtemps : quitter la guest-house pour un logement décent! J'y pensais depuis quelques mois déjà, mais l'idée d'affronter les terribles agences immobilières japonaises m'en avait dissuadé jusqu'à présent. Le web regorge en effet de témoignages de pauvres Gaijins qui vident leur rage après s'être fait opposer un refus de service, soit parce qu'ils ne gagnaient pas assez, soit parce qu'ils n'avait pas de garant japonais prêt à hypothéquer les âmes de sa famille sur 5 générations, soit tout simplement parce que "le propriétaire n'aime pas les étrangers" (sic).

Mais après presque 9 mois passés dans la guest-house, avec le bruit, le manque de place, d'intimité, et parfois la saleté, il ne manquait plus qu'un petit évènement déclencheur pour me décider. Finalement, je dois remercier mon dernier voisin Suisse et les meuglements orgasmiques de sa copine Japonaise pour avoir ajouté la dernière goutte qui a fait déborder le vase.

L'écureuil me casse les noix

Si le Japon est en avance pour pas mal de choses par rapport à nous autres en France, il reste des domaines pour lesquels il traîne terriblement. Le système bancaire en est un exemple flagrant. Les agences ferment en général à 15 heures (!), les ATMs (distributeurs automatiques) généralement à 17h (!!), de nombreuses opérations gratuites en France font l'objet de frais (par exemple, retirer du liquide depuis un distributeur d'une autre banque que la sienne!) et la gestion du compte se fait encore au... livret, même si des cartes de retrait existent.

Il faut ensuite savoir qu'il est possible de faire gérer son argent soit par une banque soit par la poste japonaise. Jusque là, tout comme en France. Sauf que les deux circuits sont strictement séparés - ce qui conduit à des situations loufoques, comme la mienne. J'ai ouvert à mon arrivée un compte postal (Palulu), car c'est la solution la plus pratique et la plus simple (large réseau de distributeurs, simplicité d'utilisation, ...) et surtout l'unique moyen par lequel mon allocation de recherche peut me parvenir. Après avoir effectué quelques déplacements, je dois maintenant me faire rembourser les frais que j'ai engagé. Et là, on me dit que le remboursement ne peut se faire que sur un compte... bancaire. Dans ton cul le Palulu!

Comme la plupart des Japonais, je suis donc contraint d'avoir à la fois un compte postal et un compte bancaire. Ce dernier est en général plus problématique à ouvrir pour un étranger. J'ai lu à ce propos de nombreux témoignages allant du Serial Winner à Bob la Loose. La partie n'est en effet pas forcément gagnée. La banque peut vous refuser l'ouverture d'un compte si vous êtes résident depuis moins de 6 mois, ou si votre visa expire dans moins de 6 mois. Porteurs d'un visa de 1 an, ne loupez pas votre seul et unique jour! Néanmoins, beaucoup de personnes ont réussi à se faire ouvrir un compte dès leur arrivée, d'autres non - visiblement c'est à la tête du client. Sauf que moi, je voudrais bien pouvoir toucher mes sous - et ça ne fait pas encore 6 mois que je suis ici...

Pensant jouer la sécurité, je décide de m'adresser à la plus grosse banque, me disant que la tolérance serait plus grande pour le pauvre alien que je suis et le service plus internationalisé. Je me rend donc à la branche locale de la Mitsubishi-UFJ (rien de moins que la plus grosse banque du monde). À peine entré, je fais face à un barrage d'hôtesses d'accueil. Elles me tombent à deux dessus, me demandent ce que je suis venu faire. Ben... « Je voudrais ouvrir un compte bancaire », que je répond en japonais avec un grand sourire, pensant amadouer les donzelles et être tiré d'affaire dans un quart d'heure. Le regard que s'échangent les deux cerbères me fait comprendre qu'il n'en sera rien. L'une d'elles me demande ma carte de résident étranger et part avec, me laissant avec l'autre qui comprend alors qu'elle va devoir meubler le temps. 10 minutes de calvaire.
« Ah, alors comme ça vous êtes français! Ah, Paris, la mode... vous devez bien connaître la mode, hein? ». Mince, le cliché du français coquet est donc encore plus fort que l'impression que je peux donner en rentrant dans cet établissement vétu d'un pantacourt, d'un tee-shirt de grimpeur, d'une paire de converses et d'une casquette.
« Euh... ah ouais, ouais... la mode... » que je balbutie, de toute façon incapable de formuler une phrase négative pour sa question en temps réel. Elle comprend que je ne pourrais pas aller plus loin et change de stratégie.
« Et Djidané? »
« Euh... pardon? »
« Djidané! »
« ??? ». Elle fait alors aller sa tête d'arrière en avant, mouvement populaire que je reconnais immédiatement pour l'avoir vu des dizaines de fois ici : elle veut bien entendu me parler de Zidane. Et qu'est-ce qu'elle veut que je lui dise sur Zidane? Je m'en bats les coudes et voudrais juste qu'elle me lâche le maillot et me laisse m'ennuyer en paix. Mon compte bancaire étant en jeu, j'essaie malgré tout d'enchaîner en lui expliquant les raisons pour lesquelles je veux ouvrir un compte, sentant que la partie n'est pas gagnée : que je suis chercheur (donc un vrai boulot) à Waseda (donc une université connue), que je dois me faire rembourser des sous et qu'il me faut absolument un compte bancaire (donc qu'il y aura des sous sur ce compte). Elle est visiblement perplexe mais n'aura pas le temps de me répondre, sa copine venant enfin mettre fin à cette torture mutuelle.

« Ah, il y a juste un petit problème... » Je sais déjà de quoi elle va me parler. « Ça ne fait pas encore 6 mois que vous êtes résident au Japon, on ne peut pas vous ouvrir un compte ». Je lui explique que je suis au courant qu'ils peuvent me refuser l'ouverture d'un compte pour cette raison (stupide) mais que ça n'est pas une interdiction pour autant, que j'ai lu beaucoup de témoignages d'étrangers qui n'ont eu aucun problème à ouvrir un compte avant ces 6 mois, et que ça me surprend un peu. Mais il est déjà trop tard, la machine bureaucratique a déjà rendu son verdict et il n'est pas possible de négocier.
« Désolée, mais vous pouvez revenir dans deux semaines, quand vous aurez passé vos 6 mois de résidence ». Ben tiens. On m'envoie chier sur un prétexte à la con, faut pas espérer que je m'humilie à revenir mendier non plus. 
« J'ai vraiment besoin d'un compte maintenant » que je lui répond poliment, « si vous ne voulez pas le faire, je devrais aller voir une autre banque ». Pas vraiment habituée à ce genre de réponse, visiblement.
« Euh... Dans deux semaines... » Je les salue, m'excuse pour le dérangement et prend la sortie. Je parviens à retenir le mauvais mot jusqu'au moment où les portes se ferment.

Boh, pas grave - je vais faire ce que j'ai dit et aller voir ailleurs. Juste en face, l'agence de la Mizuho m'ouvre les bras. Allez, le vocabulaire bancaire est encore chaud dans ma tête, j'y vais tout de suite. Cette fois-ci pas de cerbère, je vais direct à l'accueil où on me donne les papiers nécessaires que je remplis. Je prend ensuite mon numéro (eh oui, la banque au Japon c'est comme le rayon fromage en France) et attend pour passer avec un employé. Enfin la fromagère appelle mon numéro, et je me dirige vers son box avec ma paperasse remplie.
« Ok... ok, ok... Puis-je faire une photocopie de votre carte de résident? » Je lui donne ma carte, qu'elle a le malheur de regarder. Elle me fait alors des yeux de chien battu, la pauvre, on dirait qu'elle va pleurer pour moi. Ça va, j'ai compris. 6 mois, tout ça, revenir après... Et dans deux semaines, on trouvera une autre excuse. Pour la première fois dans ce pays, je commence à me sentir discriminé, et ça m'agace terriblement. En plus je viens de remplir son papier en hiéroglyphes et c'est pour me faire refuser maintenant? Je lui explique gentiment que je ne reviendrai pas et que j'irais dans une banque où l'on sera heureux de m'avoir comme client. Son expression devient encore plus triste, j'en ai peur que sa mâchoire tombe sur le bureau - je préfère partir discrètement avant que ça n'arrive, de peur d'être tenu pour responsable de la mutilation faciale de cette innocente employée.

De très mauvaise humeur, je commence à accepter l'idée que je n'ai pas une tête qui revient aux employées de banque et qu'il ne me reste plus qu'à mettre mon fric dans un chaudron et à l'enterrer sous un gros chêne. Mais plus tard dans la journée, en cherchant sur internet, je tombe sur le site de la Shinsei. Il y a dans cette banque un bon sens que je ne pensais pas trouver ici : guichets ouverts jusqu'à 19 heures, retraits gratuits quel que soit l'ATM, virements vers d'autres banques gratuits si effectués sur internet, via une interface de gestion entièrement en anglais. Avec autant de bonnes impressions, ils ne peuvent pas me décevoir... et en effet ils ne me décoivent pas : le soir même, je me rend à la branche d'Omiya et ressors 20 minutes plus tard avec une jolie carte de retrait dont j'ai même pu choisir la couleur. Pour le coup, je suis même content d'avoir été refusé aux deux autres.

Moralité : si vous êtes résident étranger et que vous voulez ouvrir un compte bancaire au Japon, passez par une banque qui vous respecte! J'ai peut-être eu de la chance (vu la loose des deux premières tentatives, je ne pense pas), mais en plus de considérer les gaijins comme des êtres humains, la Shinsei a d'autres gros avantages pour nous autres comme une gestion complète et gratuite de ses opérations via un site internet disponible entièrement en anglais. Peut-être est-ce parce qu'elle appartient à un groupe américain (cas unique au Japon) qu'elle est plus amicale à l'égard des étrangers? En tout cas, les banques japonaises « traditionnelles », lourdes, peu pratiques, coûteuses et gaijinophobes, ne risquent pas d'avoir à nouveau l'occasion de me proposer leurs services.

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