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R.I.P Keitai

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Fin avril je me suis décidé à changer mon keitai (téléphone mobile) vieux de trois ans. J'ai craqué pour le HTC Desire, et jusqu'à présent je l'adore. Enfin un Linux/Android dans ma poche! Avec lui je peux remplacer mon Sharp Zaurus (qui me servait de dictionnaire de japonais), mon GPS pour tagger mes photos, ma caméra portable (celle du Desire est suffisamment bonne pour les photos occasionnelles), mon vieux baladeur MP3/Ogg (je t'adorais, Rio Karma! Pleure), et j'y ai gagné un vrai navigateur web, la possibilité de lire des Ebooks, et de faire encore plein d'autres choses - dont un port de Tagaini qui devrait j'espère arriver d'ici quelques mois. Mais surtout, avez-vous remarqué l'ironie de la chose? Je suis au Japon, la Mecque du téléphone portable, et j'utilise un modèle fabriqué par un constructeur Taïwanais (HTC) et tournant sous un système développé par une compagnie américaine (Google). Eh bien croyez-moi il va falloir s'y habituer, et tourner la page du Japon champion du monde de la téléphonie mobile.

Jusqu'à l'arrivée de l'iPhone il y a presque deux ans, le marché des terminaux mobiles japonais semblait plutôt atypique pour l'observateur étranger. Les téléphones japonais sont en effet distribués aux couleurs de la marque de l'opérateur téléphonique, qui adapte largement le modèle à ses besoins - le constructeur du terminal physique (Sharp, NEC, Panasonic, Sony, ...) étant au second plan. Il est ainsi commun, pour des modèles venant de constructeurs différents mais opérant sous le même opérateur, de présenter la même interface utilisateur ou du moins des variantes très proches. L'une des conséquences de cet état de fait est que chaque modèle n'est disponible que chez un opérateur particulier.

Les possibilités des keitais sont également propres au Japon. La fonction vocale n'est pas sa principale utilisation - les Japonais sont des fans de l'email mobile qui est la véritable raison d'être du portable Japonais. Ce système est différent des SMS/MMS - il utilise notamment une véritable adresse email, n'est pas limité en taille et permet l'adjonction de plein de petites saloperies (smileys animés, ...) dont les Japonais raffolent. Cette fonction est vraiment essentielle : il est impensable d'avoir une vie sociale au Japon sans keitai ni adresse mail mobile. Avec ce moyen de communication rapide et simple, le keitai est le cordon qui vous relie à vos amis, souvent distants et occupés.

Outre le mail, les keitais permettent notamment de regarder et d'enregistrer la télévision via une espèce de TNT adaptée aux terminaux mobiles ; de scanner et analyser des codes QR qui étaient et restent toujours très communs ; d'écouter de la musique ; de voir des vidéos ; de lire mangas et journaux ; de jouer à des jeux ; de passer des appels vidéos grâce à une caméra frontale ; de payer par simple contact du téléphone avec une borne ; et aussi d'accéder à l'internet via des navigateurs web plus ou moins évolués, le tout avec un écran large et confortable. Et ces spécifications sont celles des téléphones d'il y a 3 ou 4 ans, dont certains étaient gratuits pour une ouverture de contrat. Ci-dessous, mon précédent modèle (dont l'écran pouvait se pivoter) obtenu il y a plus de 3 ans :

Ce petit monde vivait dans une bulle totalement fermée, et les terminaux non-Japonais sur le réseau étaient rares. De même, rares étaient les keitais qui acceptaient de fonctionner avec une puce d'un réseau étranger (et quand bien même, la plupart des fonctions seraient inutilisables faute d'infrastructure adaptée).

Et puis en 2008, SoftBank a annoncé qu'il distribuerait l'iPhone. Les prédictions concernant son succès au Japon étaient très pessimistes. Trop gros, pas de télé, pas de porte-monnaie électronique, pas d'applications en japonais, dépaysant pour les utilisateur, ... Tout le monde pensait qu'il ferait un gros bide. Pourtant aujourd'hui l'iPhone est le téléphone le plus vendu au Japon et il est impossible de prendre le train ou de s'asseoir à un café sans voir quelqu'un en sortir un. De la même façon le HTC Desire, sorti le mois dernier, s'est écoulé sur réservation et SoftBank prend maintenant les commandes pour une livraison en... juin. J'ai pu mettre la main dessus le jour de sa sortie uniquement par un coup de chance.

Mais comment ces téléphones, qui n'ont même pas le porte-monnaie électronique ou la télé numérique peuvent-ils se vendre sur le marché japonais si particulier? Le facteur "cool" de l'iPhone joue très certainement dans l'esprit des consommateurs japonais par nature très suiveurs et conformistes, mais ce n'est pas tout. La réalité est douloureuse et va coûter très cher aux fabricants japonais : ils se sont tout simplement endormis sur ce qu'ils pensaient être leur chasse gardée et se sont fait dépasser techniquement par les constructeurs étrangers, Apple, HTC et Google en tête.

Prenez un exemple simple, la navigation par GPS. Comparez l'interface de Google Maps pour Android avec le Yahoo! Maps typiquement utilisé sur un Keitai. L'un est réactif, bouge, permet de zoomer simplement, de marquer ses endroits préférés et d'y retourner, d'avoir des informations précises sur un restaurant comprenant une vue de sa devanture en un clic, adapte la présentation visuelle à ce que fait l'utilisateur. L'autre est poussif et ressemble plutôt à une carte papier que l'on aurait numérisée. L'ouverture plus grande des plates-formes iPhone et Andoid fait également que celles-ci sont inondées par des applications tierces qu'il est facile de télécharger, souvent gratuitement. L'interface utilisateur basée sur un écran tactile est bien mieux pensée et innovante. Bref : le keitai Japonais, qui était il y a 3 ans encore à l'avant-garde, est désormais obsolète en raison de l'incapacité des constructeurs Japonais à innover et à s'adapter aux évolutions du marché.

Cette incapacité s'illustre bien par la maladresse de SoftBank à répondre aux besoins les plus élémentaires de ses utilisateurs sur ces nouvelles plate-formes qui prennent de plus en plus de marché. Ainsi, le vital email mobile a mis plusieurs mois à arriver sur l'iPhone. Et ceux qui comme moi ce sont rués sur le Desire doivent pour le moment apprendre à s'en passer! 0_0 Oui, en attendant que les ingénieurs de SoftBank ne veuillent bien développer l'application adéquate, je suis obligé de mettre de temps en temps ma puce dans mon ancien keitai afin de vérifier si j'ai reçu des messages, alors qu'un tel développement ne prendrait que quelques semaines pour un mauvais stagiaire. Mais comme à chaque fois qu'il se retrouve devant une situation nouvelle, le Japonais bugge, se cogne plusieurs fois dans le mur, s'aplatit en excuses diverses et variées avant de faire n'importe quoi jusqu'à ce que le hasard finisse par le mettre sur la bonne voie. :doh:

Finalement les constructeurs nippons semblent commencer à s'apercevoir que ça sent le sapin pour eux et tentent tant bien que mal de réagir en développant une plate-forme commune. Et ça c'est le n'importe quoi dont je vous ai parlé plus haut - quelle chance pourrait bien avoir cette plate-forme destinée uniquement au marché japonais alors que celui-ci comprend déjà iPhone, Android et Windows Mobile qui sont trois solutions supportées par des multinationales, compatibles partout dans le monde et (plus ou moins) ouvertes? N'ont-ils pas compris que c'est justement ce qui fait que le keitai se fait bouffer?

Du coup je prévois un avenir très sombre aux fabricants de mobiles japonais. Vu les gros consommateurs de données que sont ces nouveaux terminaux, les opérateurs téléphoniques deviendront probablement de simples fournisseurs d'accès à internet mobile, fonctionnant uniquement au forfait (c'est d'ailleurs déjà virtuellement le cas), sans se soucier de mettre leurs pattes dans la partie hardware. Quand aux fabricants de matériel, ils se mettront à Android en y incorporant les éléments spécifiques des terminaux nippons (télé et porte-monnaie)... ou en disparaîtront.

Mugen Kro

Un nouvel ajout à la série de mugens ("infinis"), qui compte déjà le puchi-puchi, l'edamame et le peri-peri (plus la banane, fabriquée par une autre compagnie). Cette fois-ci, Bandai vous propose une canette (bière ou soda, au choix) que l'on peut ouvrir à l'infini.

Mugen beer

J'étais tout content à l'idée de découvrir l'indispensable clip vidéo de promotion qui vient avec chacune de ces créations. Et là grosse déception sur la page du produit : pas de clip. Pire, le produit en lui-même se révèle absolument médiocre, puisqu'il se contente d'émettre toujours le même son de bière que l'on verse une fois actionné. Pas de variations, aucune surprise. Le jouet en entièrement en plastique, ce qui fait très toc et contraste énormément avec la sensation d'aluminium d'une véritable canette. Une honte, alors que le puchi-puchi et l'edamame avaient réussi à reproduire le produit original fidèlement.

Pas de clip marrant, pas de surprise, et pas de sensation : ce jouet n'est ni plus ni moins que le signe que la série des mugens est sur le déclin. D'ailleurs, comme un aveu à leur manque d'imagination, les créateurs ont lancé un concours d'idées, dont le premier prix est composé de 100.000 yens et de la possibilité de voir sa contribution réalisée et vendue. Je tiens à insister sur la fraudre évidente que constitue ce concours, révélée par la banalité des idées gagnantes alors que j'avais moi-même soumis une idée autrement plus originale et vendeuse.

Jugez-en par vous-mêmes : le grand vainqueur est le Mugen... chocolat. Une barre de chocolat que l'on peut casser à l'infini! Oh, mais quelle idée super originale, qui n'a pas dû être soumise par au moins 10.000 personnes. D'ailleurs le juge l'avoue lui-même: 132 soumissions pratiquement identiques pour le Mugen chocolat.

Deuxième, troisième et quatrième (prix de 50.000 yens): Le Mugen champagne, le Mugen pêche, et le Mugen futon. Là encore, on nage dans la banalité, qui s'amuserait avec ça? Alors que ma très originale et sans aucun doute unique proposition de Mugen doigt-dans-le-cul a été injustement ignorée par la mafia à la tête de ce concours potiche. Conformistes!

Mugen banane

Ouiii, je vais tous vous les lister, ces gadgets débiles. Dans la famille des Mugen ("infinis"), on a donc eu le Mugen Poutchi, l'Edamame, et le Peri-peri, tous les trois de Bandaï. Cette fois-ci c'est Epoch qui propose aux éplucheurs de bananes convulsifs d'assouvir leur vice pendant que des torrents de larmes de joie leur coulent sur le visage... Voici le Mekurumeku Banana! (sans vidéo promotionnelle, c'est une honte!)

Mekurumeku Banana

Comme toujours, c'est tellement simple que j'ai tout compris. À chaque fois que l'on tire la partie épluchable du jouet, une petite voix agaçante vous fait le son de la banane qu'on épluche (oui oui, les Japonais ont un son pour ça). Et de temps en temps, vous avez droit à un son secret, à la façon du Poutchi-poutchi. Le gadget vient en différentes déclinaisons, chacune avec ses sons spécifiques: la banane stupide, la banane sarcastique, la banane sexy et la banane immature (au Japon, c'est un autre mot pour "sexy"). Vous aurez donc droit à des "Ne regarde pas!" "Mange-moi" et autres "Naaaaan~", d'une nunuchitude plus vraie que nature. En réalité, ce gadget ce n'est pas une banane: c'est une Japonaise portable.

Le succès remporté par ces jouets est tout bonnement sidérant. Lucrativement sidérant. S'il y a des investisseurs qui me lisent, qu'ils n'hésitent pas à me contacter afin de concrétiser les idées suivantes, on fera un carton :

  • Le mugen bouton d'acnée,
  • Le mugen crotte de nez,
  • Le mugen ronge-tes-ongles,
  • Le mugen craque-tes-doigts,
  • Le mugen condom (existe en plusieurs tailles)

Je suis bien évidemment volontaire pour faire l'enregistrement des sons sexys. 見ちゃダメぇ〜!

Mugen Connerie

Ouff, ça fait au moins... 1 mois que je ne vous ai pas présenté un gadget débile. Alors pour la peine, vous aurez droit à deux (en fait, un nouveau et un remix d'un ancien), et comme d'habitude, du genre qui rend intelligent.

C'est encore une fois Bandai qui s'y colle, pour un petit jouet moins suggestif que celui de la dernière fois, mais bien dans la lignée de ses productions précédentes de gadgets "infinis" : le Mugen Peri-peri. Après le papier à bulles et les haricots, voici une thérapie pour les addicts aux... enveloppes et boîtes à bonbons en carton. La vidéo n'est certes pas à la hauteur des précédentes, mais contient malgré tout la dose syndicale de champignons hallucinogènes.

Les paroles étant déjà dénuées de sens à l'origine, il est encore plus difficile de les traduire correctement, mais voilà une petite tentative (que ceux qui sont à l'aise en japonais n'hésitent pas à me corriger) :

Le pays merveilleux du Peri-peri!
Tout d'un coup
By the Way, Peri-Peri
Plus que tout, j'ai le cœur qui bat
Peri-Peri, les émotions sont irrésistibles
Et tant pis si ça me fait halluciner
By the Way, Peri-Peri
Plus que tout, j'ai le cœur qui bat
Peri-Peri, les émotions sont irrésistibles
Et tant pis si ça me fait halluciner
Comme un cadeau ou une boîte à bonbons
Je l'ouvre avec excitation, c'est merveilleux!
Une fois ouvert, la lotterie se lance et ça m'inquiète
L'excitation de réussir, c'est merveilleux!
By the Way, Peri-Peri
Ou je devrais dire, de temps en temps
Quand tu échoues, c'est irritant
Cette fille n'est attirée que par le physique
Je force la rime à rimer
J'en fais encore trop, j'en suis obsédé
Son nom correct est "fermeture éclair"
Mais à partir de demain dites "Peri-Peri"!
By the Way, Peri-Peri
Plus que tout, j'ai le cœur qui bat
Peri-Peri, les émotions sont irrésistibles
Et tant pis si ça me fait halluciner
Peri-Peri, les émotions sont irrésistibles
Sanshouuo (salamandre en Japonais) veut dire "Salamander"
By the Way, Peri-Peri...

C'est vraiment chaud à traduire correctement sans que ça devienne lourd, mais j'ai une excuse : c'était déjà lourd au début, visiblement les auteurs de ce spot disent n'importe quoi histoire de préserver les rimes... Eh oui, on en est là.

À remarquer sur la vidéo la normalisation d'un phénomène de société : la démarche genoux rentrés si populaire chez les jeunes filles. C'est déjà la deuxième fois que je vois ça dans une pub (la première fois étant une pub pour Docomo dans le train), ça veut donc dire vu le suivisme qui prévaut ici qu'il va falloir s'y habituer et se forcer à trouver ça sexy, car on n'aura bientôt plus que ça à se mettre sous la dent. :(

Quant au second truc débile que je vous avais promis... Vous n'avez pas oublié le Mugen Puchi, premier gadget dans la lignée des Mugen qui avait au moins le mérite de lancer une idée originale. Vu son succès, on pouvait s'attendre à ce qu'ils n'en restent pas là, et les Edamame et Peri-peri ont suivi. Mais de là à faire... une version Wii! 0_0

C'est dispo en téléchargement uniquement, depuis quelques mois déjà... Et ça me donne déjà envie d'aller proposer un nouveau concept à Bandai : le Mugen "Ma-main-dans-ta-gueule". Je suis sûr qu'en y prenant le temps on doit même pouvoir en sortir plus de sons différents qu'un Puchi-puchi!

Bons baisers du Japon

Le retour en France implique de ramener des Omiyage, ces petits cadeaux destinés à montrer que l'on a pensé aux amis et à la famille malgré la distance. Alors, quand on est geek et qu'on a des amis geeks, qu'est-ce qu'on peut bien leur ramener? J'en avais déjà donné un aperçu lors d'un lointain post, et voici les dernières tendances japonaises en matière de geekerie :

Une serviette de bain Space Invaders, pour fêter le 30ème anniversaire de ce jeu mythique (c'est un collector!),

Silly presents from Japan: Space invaders towel

Tengu, le petit compagnon USB qui chante avec ton ordinateur (il paraît)

Silly presents from Japan: Tengu, the USB pet

Boubou le hibou, un autre compagnon USB qui cligne des yeux et remue la tête. Rien de tel pour encourager à la productivité.

Silly presents from Japan: USB owl

Le dernier cri en matière de chauffe-tasse USB : non seulement il peut garder les tasses chaudes, mais il sait également conserver les canettes froides!

Silly presents from Japan: USB heater/cooler

Le Lighttalk : écrivez sur du papier avec le crayon, puis scannez votre œuvre et secouez le crayon dans les airs : ce que vous avez écrit apparaît alors dans les airs!

Silly presents from Japan: Air Pen

La plante médiatrice : elle répond à vos questions par oui (un hochement) ou non (deux hochements). Et en cas de dispute, elle penche vers l'un des interlocuteurs pour lui donner raison...

Silly presents from Japan: mediator plant

Encore un collector : le hub USB Dark Vador, avec quatre ports USB. Dès que l'on branche un périphérique, ses yeux deviennent rouge, sa tête bouge et il se met à respirer.

Silly presents from Japan: USB Dark Vador hub

J'aurais dû en faire une vidéo... Heureusement d'autres ont été moins distraits que moi :

Et enfin, le clou de l'humiliation, la souris sport-elec. Complément parfait au Wii-fit pour sédentaires névrosés, c'est une vraie souris USB qui en plus des classiques boutons et de la molette dispose de contrôles supplémentaires destinés à contrôler le mode et l'intensité des... deux électrodes à placer sur vos muscles pour les faire travailler au bureau! 

Silly presents from Japan: Sport-elec mouse

Je voulais vous montrer une vidéo de cet objet en action sur les testicouilles de son destinataire, mais pour des raisons de droit à l'image vous devrez vous contenter de cette photo de l'objet encore emballé... Un gros "boouuh" à cette personne pour son manque de volontarisme!

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