Culture

Tatemae

L'art de rattraper le coup et de sauver la face de son interlocuteur lorsqu'on dit quelque chose de pas très politiquement correct, une spécialité toute japonaise. m(__)m

Ouf...

Ne vous faites cependant pas trop d'illusions mesdemoiselles, votre réputation de femmes fatales et exigeantes est de toute façon trop effrayante pour le Japonais moyen qui s'esquivera sans même penser à la question de l'hygiène. ;)

Tarte au maroilles

Décidemment les manuels de langues regorgent d'informations sur la vision qu'ont les Japonais des étrangers et notamment des Français (on l'a déjà vu à plusieurs reprises). Oui bien sûr, on connaît tous l'image mode, Paris, glamour et Amélie Poulain, mais ça ce sont les clichés de notre pays que les Japonais nous renvoient volontairement quant ils veulent nous flatter, parce qu'au Japon la flatterie fait partie des bonnes manières. Mais quand on rentre plus dans leur intimité, on découvre aussi une vision de la France un peu moins glorieuse, et notamment une réputation assez tenace, surtout semble-t-il pour les personnes de l'ancienne génération.

Ce que pensent vraiment les Japonais des Françaises

Pas de bol mesdemoiselles, pour les Japonais vous puez donc des aisselles. Mais heureusement messieurs que nous sommes là pour sauver la réputation nationale! :D

La véritable position du missionnaire

Tout d'abord, mes excuses pour la longue parenthèse sans post! J'ai eu à faire sur d'autres fronts, et malheureusement le blog est la première chose qui pâtit une fois que je deviens occupé. Qui plus est en cette nouvelle année je me sentais plus d'humeur à coder qu'à écrire. Mais me revoilà, j'espère juste que vous ne vous êtes pas tous barrés. Sticking out tongue

Ah, j'allais oublier : bonne année! ;)

La nouvelle année, justement on va en parler un peu. Vous savez déjà sans doute qu'il est de coutume ici d'aller faire une petite visite au temple afin de s'attirer les bonnes intentions des Kamis pour la nouvelle année. Cette année non plus, je n'ai pas dérogé à la règle et me suis rendu cette fois au Kawasaki Daishi, l'un des temples les plus fréquentés. Pour être fréquenté, ça l'était en effet - bien que le nouvel an était déjà passé depuis quelques jours, la foule était toujours là, créant une queue qui occupait plusieurs rues. Une bonne paire d'heures d'attente en perspective, mais heureusement, il y avait de la distraction.

Enfin, de la distraction, il faut voir - en l'occurence, il s'agissait des gentils évangélistes dont j'avais déjà parlé, qui ont l'air d'avoir compris entre temps qu'il était vain de tenter d'éveiller la spiritualité des J-pouffes de Shibuya et se sont redirigés vers une clientèle à priori plus réceptive au message divin, puisque se rendant au moins une fois l'an au temple. Ils n'ont donc rien trouvé de mieux que de placer quelques paires de Nazguls avec pancartes et hauts-parleurs à des coins de rue bien choisis, de façon à maximiser leur visibilité.

Christian evangelists spoiling the day of Japanese coming to pray at the shrine
À gauche: "Le jour où Dieu jugera le monde est déjà décidé"
À droite: "Heureux ceux qui ont purifié leurs péchés"

Christian evangelists spoiling the day of Japanese coming to pray at the shrine
Charisma man a aussi la foi!
À gauche: "Aie la foi en le vrai Dieu!"
À droite: "Jésus te purifie de tes péchés"

Christian evangelists spoiling the day of Japanese coming to pray at the shrine
Les mêmes vus à partir de la foule. On ne peut pas les manquer, ni les pancartes ni les slogans sortant des haut-parleurs.

Pour ceux qui ne lisent pas le japonais, je précise que le ton employé est très impératif, limite paternaliste. Ils auraient une pancarte qui dit "Convertis-toi ou tu pourriras en enfer, sale polythéïste bouffeur de poisson!" que ça ne me choquerait pas plus. Mais le plus troublant est le contexte dans lequel cette blague prend place.

Nous avons en effet des évangélistes qui viennent peinard faire du prosélytisme très offensif aux abords d'un lieu sacré d'une autre religion, qui plus est lors d'un évènement religieux majeur et en plein milieu de la foule des fidèles. Mais le plus étonnant? C'est qu'ils ne se font pas massacrer.

Je sais pas moi, mais juste pour rigoler, essayez d'imaginer la même scène autour de la Kaaba pendant le pélerinage à la Mecque : les malheureux finiraient lapidés, martyrs pendus par les couilles pour leur église, on irait brûler quelques drapeaux et deux ou trois ambassades américaines en meuglant devant les caméras de CNN, la CIA ferait dicter un nouveau message au sosie de Ben Laden, bref on aurait une jolie démonstration de cette tolérance religieuse que les monothéïstes sont si prompts à réclamer quant il s'agit d'aller piquer des fidèles aux autres mais un peu plus réticents à s'auto-appliquer.

J'avais déjà dans mon précédent post sur le sujet expliqué le rapport très ambigü aux yeux d'un Occidental que les Japonais entretiennent avec les religions. Nous en avons encore là un bel exemple : plus qu'à la tolérance, c'est surtout à l'indifférence des fidèles que ces hommes-sandwiches doivent leur salut. Mais quand bien même, dans le tas des visiteurs il devait bien y avoir quelques sincères fidèles du shinto, sans parler du personnel du temple. Pourtant personne n'a jamais été leur dire quoi que ce soit ni ne leur a lancé un regard de travers. Personne à part moi n'a même pris la peine de relever l'impertinence de leur présence. Ils étaient tout simplement transparents.

Alors quand je vois ça, non seulement je me dis que de ce point de vue il fait vraiment bon vivre au Japon, mais je me demande aussi pourquoi ces pauvres gus gaspillent autant de temps à tenter en vain de sauver l'âme des autres au lieu de le consacrer à l'amélioration de la leur.

Notez que pour être juste je devrais aussi parler un peu des multiples religions Japonaises. Outre les principales sectes (au sens litéral du terme) bouddhistes et shinto, on compte une multitude de religions plus récentes et plus obscures qui, elles, s'entendent plus selon le sens péjoratif du mot. Comme beaucoup de cultes modernes, elles s'appuient sur une ou plusieurs religions existantes, mettent en scène un prophète chargé de transmettre le "véritable" message, et fournissent ainsi un prétexte au dit prophète pour recevoir argent et cuissage sur les fidèles du sexe opposé. Tiens, en fait ce n'est pas tellement différent des religions traditionnelles.

Mais ces cultes récents diffèrent des croyances typiques japonaises pas un prosélytisme plus actif et surtout par un empiettement plus important sur la vie quotidienne. On connaît surtout la secte responsable d'un attentat au gaz en 1995 dans le métro de Tokyo, Aum Shinrikyou (mais regardez-moi cette tronche! quand vous voyez un barbu comme ça, ça ne peut être qu'un prophète ou un geek - parfois c'est même les deux). Mais il faut compter également sur Sokka Gakkai, Mahikari, la Tenrikyou (dont vous pouvez voir ci-dessous les membres en formation, croisés dans la gare d'Omiya), et bien d'autres encore.

Tenrikyou worshippers walking in Omiya station

Et ne pensez pas que ce phénomène est typiquement japonais - ces trois dernières organisations ont leurs branches en France, et puis dès qu'il s'agit d'inventer des cultes, les Français ne sont pas en reste.

D'ailleurs si certains parmis vous sont partants pour me soutenir, je compte prochainement lancer mon propre mouvement apocalyptique. Outre la vénération de ma personne, il aura pour but de commettre des attentats au Ukon no Chikara dans les stations JR le vendredi soir afin de sauver les salarymen de satan gueule-de-bois.

Un peu de soleil du royaume de Ryukyu

En cette période froide et enneigée, voici un petit bout de chaleur venant d'Okinawa, où j'ai eu la chance de passer quelques jours cet automne.

Les plages tropicales, les gens chaleureux, l'endroit rêvé pour passer ses vacances au soleil, voilà ce que l'on connaît d'Okinawa. Mais les énormes différences culturelles et de langage avec le reste du Japon ainsi que les efforts des habitants pour s'en démarquer révèlent un passé à la fois riche et lourd.

Situées à égale distance du Japon, de Taiwan et de la Chine, et sous l'influence politique de cette dernière, les îles d'Okinawa étaient autrefois un état indépendant appelé royaume de Ryukyu. Rien ne le destinait à être rattaché au Japon. C'est au XVIIème siècle, après une guerre perdue, que le royaume se voit également devenir tributaire du Japon. Il finit par être officiellement rattaché en 1872 sous la restauration Meiji.

Moins de 100 ans après cette annexion forcée, l'ancien royaume indépendant paie son tribut à l'empire japonais en devenant le théâtre de la terrible et décisive bataille d'Okinawa qui visait à protéger à tout prix le territoire japonais de l'envahisseur américain. De fin mars à fin juin 1945, la guerre fit rage, prenant pleinement les civils à partie dans un conflit qui selon eux ne les concernaient pas. Leur nationalité officielle japonaise et leur indifférence pour la "mère patrie" leur valut l'inimité des deux forces en présence, et de nombreux meurtres et viols ont été commis indifféremment par les armées américaines et japonaises, sans oublier les "incitations" au suicide de cette dernière une fois la défaite devenue évidente.

À la fin de la guerre, 90% des bâtiments furent détruits, 142.000 civils avaient péri, et l'armée américaine annexa le territoire pour s'y installer durablement. Aujourd'hui encore, environ 20% du territoire de l'île principale est occupé par les bases US. Les incidents impliquant des militaires sont très fréquents, et l'impossibilité pour la justice japonaise de juger les criminels en uniforme en raison de leur statut (selon l'accord de coopération, les militaires américains ne peuvent être jugés que par la justice US) génère une énorme frustration parmi la population.

Malgré ce passé très douloureux et humiliant, il suffit de se rendre à Okinawa pour se rendre compte que le royaume de Ryukyu est toujours bel et bien vivant. Les dialectes locaux, quoi qu'en voie de disparition, sont encore pratiqués ça et là ; et quoi qu'il en soit le japonais parlé à Okinawa diffère largement de celui du reste du Japon. Les arts d'Okinawa sont uniques, ainsi que son folklore. La manifestation la plus frappante est sans doute l'omniprésence des Shisa, créatures placées de chaque côté d'une entrée afin de la protéger des esprits maléfiques (on en voit même devant certaines portes de toilettes publiques!).

L'esprit d'indépendance vis-à-vis du reste du Japon est tellement fort que les habitants ont un terme spécifique, naicha, servant à désigner les autres Japonais. À Okinawa, un Tokyoïte est autant un étranger qu'un Gaijin. Pour autant, on ne recense pas de mouvement indépendantiste significatif - Okinawa est administrativement une partie du Japon, mais reste culturellement le royaume de Ryukyu, et ce statut suffit à contenter ses habitants.

Malgré un tourisme très dynamique, et l'impulsion économique provoquée par les bases US, le taux de chômage à Okinawa reste plus élevé que dans le reste du Japon. Les îles sont dans une situation assez ambigüe, restant économiquement en vie grâce au tourisme venant du Japon pour lequel elles ont été sacrifiées par le passé, et des bases américaines dont elles souhaitent plus que tout le départ.

Enfin bref, je voulais juste partager la beauté d'Okinawa via quelques photos prises pendant mon séjour, et je finis par pondre un pavé sur son histoire et sa condition. Mais il me semble que la connaissance de ces faits est importante pour vraiment ressentir l'atmosphère magique de cette région et la mélancolie de son peuple, qui sont parfaitement retransmises par la musique locale (sur la vidéo: Shimanchu nu takara du groupe Begin). Et puis, Okinawa est le seul endroit où j'ai trouvé que les Salarymen avaient l'air cool, avec leurs super chemises hawaïennes. Sticking out tongue

Pour apprécier pleinement ces quelques photos, je vous recommande d'activer la HD et le plein écran via les boutons en bas du lecteur. Elles sont également visibles et téléchargeables sur mon compte Flickr.

I-ya-sa-sa!

PS: Et pour les amateurs de Budo, Okinawa est également un endroit que l'on se doit de connaître pour être le berceau du Karaté.

PS2: Joyeuses fêtes! ;)

Feuilles d'automne

Eh ben, je crois bien que vient de s'écouler la période la plus longue sans post depuis l'ouverture de ce blog. Outre les révisions pour le JLPT (qui devraient déboucher sur un epic fail, mais on en reparlera au moment des résultats), une vie plutôt occupée et un manque d'inspiration m'ont tenus éloignés. Mais heureusement j'ai eu l'occasion de refaire quelques photos dernièrement!

C'était en effet la saison du Kouyou (紅葉), ou période d'admiration des feuilles rouges. L'évènement est moins connu que le fameux Hanami, mais tout aussi plaisant.

Kouyou Komagome

Kouyou Shinjuku

L'hiver japonais est en effet froid et sec, et contrairement à mon ch'nord natal il ne pleut qu'occasionnellement. L'atmosphère est donc très différente des feuilles mortes formant une bouillasse visqueuse sous la pluie battante de chez nous, bien au contraire ici les feuilles ont l'air bien vivantes et délicieusement roussies sous le ciel bleu, contrastant d'autant plus avec leurs consœurs ayant gardé leurs couleurs de jeunesse.

Kouyou Komagome

Kouyou Komagome

Kouyou Komagome

Mon ami Wikipedia m'enseigne que bien que la couleur rouge des feuilles en automne soit un phénomène universel, le Japon est avec le Canada, l'Asie de l'est et l'Europe du nord l'une des régions où elle est le plus prononcée. Sans tomber dans les théories locales sur le côté unique de la nature Japonaise, il est exact de constater que le spectacle a un côté particulier et le soin apporté aux parcs et autres lieux d'observations privilégiés contribue grandement à cette ambiance.

Kouyou Komagome

Kouyou Shinjuku

Kouyou Komagome

Kouyou Komagome

Comme toujours pour ce genre d'occasion, on peut voir se ballader quelques kimonos et quelques familles profitant d'une des rares occasions de passer du temps ensemble, tandis que les plus artistes tentent de fixer la faune et la flore le plus fidèlement possible sur une photo numérique...

Kouyou Komagome

Kouyou Shinjuku

Kouyou Shinjuku

Kouyou Shinjuku

Kouyou Shinjuku

Kouyou Shinjuku

Bref, si le Hanami vaut la peine d'être fait pour le contact avec la foule et le bon goût du sake sous le cerisiers, j'ai pour ma part un petit faible pour la nostalgie des feuilles d'automne, plus simple et plus intense à mon goût. Et puis cela m'a fourni une excellente excuse pour éviter de réviser mes kanjis et m'assurer de mon échec le plus total pour l'examen de dimanche! Sticking out tongue

Kouyou Shinjuku

Kouyou Shinjuku

Plus de photos dans les albums Flickr ici et ici.

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