Omiya

Nijinokai Super Chingdong

Je ne sais pas trop comment présenter la découverte qui va suivre.

Nijinokai performance in Omiya

Peut-être par une petite explication du titre. Le Chingdong est une performance musicale réalisée par des musiciens de rue, à des fins de promotions commerciales. Je n'en avais jamais entendu parler et les informations sur le web étant rares, j'ai dû demander à des Japonais pour comprendre. Lorsqu'un magasin ouvre, ou organise un évènement spécial, ces musiciens viennent et jouent afin d'attirer le client. Généralement, ils sont accoutrés de couleurs vives, à la façon d'un Matsuri.

Nijinokai (虹の会) signifie littéralement club de l'arc-en-ciel. C'est le nom choisi par ce groupe de Chingdong (qui d'après la photo ci-dessus n'a vraisemblablement pas vocation à attirer le client), dont la particularité est d'être composé à 100% de personnes souffrant d'un handicap (physique, mental), ou d'une pathologie permanente. La performance qu'ils font est absolument incroyable, aussi bien au niveau du son que du look, et l'attitude extrêmement provoquante vise à démarginaliser ces personnes qui sont d'autant plus exclues dans un pays aussi uniforme que le Japon.

Ouvert 28 heures sur 24

Étranges horaires pour ce vidéoclub tout près de chez moi... Il ne peut s'agir d'une erreur isolée étant donné qu'ils sont visibles pas moins de 3 fois sur cette photo. Conformisme après avoir remarqué l'erreur sur les lettres de la vitrine? Ou y a-t-il une explication logique?

Open from 10:00 to 28:00

Le goût de la culture 2

Le japonais n'est pas une langue difficile, ou différente du français, ou compliquée à percevoir. Enfin si, elle est tout ça, mais avant tout le japonais est une langue dangereuse, en voici la preuve.

Ça avait pourtant bien commencé, ce samedi après-midi au dojo. Un haut gradé est même venu me voir avec l'intention de me faire travailler un nouveau programme... Comme il n'était pas sûr que je le connaisse, il me pose la question. Ça tombait bien (ou plutôt mal, comme vous allez le voir), je venais juste de l'apprendre. Le cerveau se met en mode japonais pour formuler la réponse...

Ce que j'ai voulu dire :
    Oui, Sensei me l'a appris...

Ce que j'ai dit :
    Hai, Sensei ni oshiete agemashita...

Bref écarquillements d'yeux autour de moi, puis des sourires moqueurs se dessinent.

Ce que ça voulait vraiment dire :
    Bah oui, c'est moi qui l'ai appris à Sensei...

Argh, la gaffe. Les constructions je lui ai... et il m'a... se forment avec les verbes ageru (上げる) et morau (貰う), qui veulent dire donner et recevoir (du point de vue du locuteur), respectivement. J'ai réfléchi en français, j'ai pas pensé à la direction de l'action, et j'ai pris le mauvais verbe. Et voilà, la phrase veut dire exactement l'inverse de ce que je voulais, et porte du coup un sens pas très très humble... et tout le monde qui se fout de ma gueule... :doh:

Bon, pas de souci, je sais comment rattraper le coup. Le japonais est une langue qui utilise beaucoup les kotowaza (proverbes), et je peux vraiment les impressionner et leur faire oublier cette malheureuse anecdote si j'en sors un de circonstance... Et j'en connais justement un parfait pour ce genre d'occasion où on se sent honteux. Allez, go, c'est le moment de leur en mettre plein la vue. :cool: Je rigole avec eux, m'excuse et tire ma balle d'argent :

Ce que j'ai voulu dire :
    Ah, s'il y avait un trou quelque part, je voudrais me cacher dedans! (proverbe japonais)

Ce que j'ai dit :
    Ana ga attara, iretai!

C'est là que tout le monde est parti dans un fou-rire bruyant et incontrôlé. Merde. Merde. Pas bon. Puzzled

Ce que ça voulait vraiment dire :
    Ah, je niquerais bien quelqu'un, moi!

Bakayarou! T'as encore employé le mauvais verbe, pauvre gland intergalactique! Crise Le passif en japonais ne se forme pas par une construction grammaticale comme en français : pour une action donnée, il existe deux verbes différents, l'un actif, l'autre passif. Dans le cas qui nous intéresse, il s'agit des verbes hairu (入る, entrer) et ireru (入れる, faire entrer). Bien entendu, ici il fallait employer hairu. Et pour mon malheur, ireru a également un sens sous-entendu que je ne connaissais pas, avec lequel vous venez de faire connaissance...

La honte. La honte! J'ai compris tout le sens de ce proverbe à cet instant, car s'il y avait eu un trou, je vous jure que je me serais foutu dedans avant de le reboucher. Tous, ils étaient tous pétés de rire. On rigole souvent au dojo, mais le lieu veut qu'il y ait une certaine retenue. Là ils se laissent vraiment aller, ou plutôt, ils ne peuvent pas se contrôler. C'est la première fois que j'arrive à faire tomber la légendaire réserve japonaise... mais c'est à mes dépens.

À partir de là, j'ai préféré arrêter de creuser ma tombe. Et puis de toute façon je ne voyais pas ce qui aurait pu les arrêter. Au moins ils auront eu un bon moment, mais je ne savais vraiment plus où me mettre. Bien entendu, au final ce n'est rien de grave et tout le monde en a juste bien ri mais vu les circonstances j'ai pensé qu'il serait tout de même bienvenu de m'excuser auprès du Sensei pour mon vocabulaire euh... inapproprié. Avant de quitter le dojo, je vais donc le voir.

- Euh, Sensei, que je lui dit avec l'air le plus authentiquement désolé que j'ai sans doute jamais pris, j'ai vraiment été très impoli tout à l'heure, je vous prie de m'excuser...

Il remarque que je suis vraiment gêné.

- Ah bon? En fait je n'ai rien entendu, me répond-il avec un petit sourire détaché.

... je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je trouve que cette réponse en dit plus long sur les Japonais que n'importe quel livre. 0_0

Les Mochis du nouvel an

Le Japon est un pays rythmé par les traditions diverses et les célébrations publiques, et le nouvel an en apporte son lot.

À peine la visite du temple achevée, les japonais se retrouvent pour confectionner des Mochis. La fabrication de ces petits gâteaux de riz particulièrement lourds (mais délicieux par ailleurs) fait ainsi l'objet d'un évènement social qui anime la vie du quartier. Tout le monde vient si je puis dire mettre la main à la pâte pour maltraiter (vous allez comprendre) ces pauvres gâteaux. La symbolique de cet évènement m'a échappé, mais il me semble qu'au-delà de l'aspect purement festif se trouve également une signification religieuse. Les érudits du Japon sont invités à commenter sur ce point. ;)

La recette du Mochi n'est pas très compliquée, mais requiert de la sueur pour respecter la tradition. Le riz collant est tout d'abord cuit à la vapeur :

Mochis Making

Puis il est placé dans un mortier autour duquel les habitants se passent le relais pour réduire le riz en bouillie à l'aide d'un énorme marteau. À côté du mortier, une personne (probablement quelqu'un de puni vu la dangerosité de sa situation) mouille le riz à chaque fois que le marteau se lève. Vu la rapidité du rythme, c'est un vrai miracle qu'il ne se soit jamais fait écrabouiller la main, et j'ai vérifié à deux fois que mes mochis ne comportaient pas un ongle broyé à l'intérieur...

Mochis Making

Bien entendu, je m'y suis collé. Étant donné le froid, c'était un soulagement plus qu'une corvée.

Mochis making

Après quelques minutes de maltraitance, le riz est réduit à l'état d'une pâte uniforme. Au cours du broyage, des assaisonnements divers (algues, sel, ...) peuvent être ajoutés pour donner du goût à la pâte. Après quoi elle passe en cuisine pour être plongée dans l'eau bouillante, puis séparée en petits morceaux.

Mochis Making

Le Mochi peut se déguster tel quel, lentement de préférence si l'on ne veut pas se boucher l'œsophage. Après deux ou trois jours, il a tendance à se durcir et peut alors retrouver une seconde vie en passant au grille-pain.

Le grondement des Kamis

Récemment, j'ai été convié à un concert de Taiko. Bien qu'étant un simple tambour, sa pratique s'est développée jusqu'à devenir un véritable art au Japon où il est présent dans toutes les manifestations populaires. Ses apparitions sont en effet autant chorégraphiques que musicales, et bien défoulantes comme vous allez le voir. Et quand ce sont des pros qui en jouent, ça devient un véritable déchaînement de percussions qui vous retourne les tripes et vous fait vibrer de tout le corps. Chose dont vous aurez malheureusement du mal à vous rendre compte sur la vidéo, d'autant plus que ma pauvre caméra a été saturée et ne rend pas vraiment justice au spectacle.

Certains de ces tambours sont posés au sol, d'autres sont portés par le joueur. Vous allez voir les deux types et la virtuosité avec laquelle on peut en jouer.

Petite gaffe amusante, mais que j'ai dû être le seul à remarquer : comme c'était la période de Noël, un père Noël sympathique s'est dirigé vers le public pour lui offrir des cadeaux... de manière pas très laïque! ;)

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