Mais
au fait! Ça fait longtemps que je ne vous ai pas fait
profiter
d'un gars en train de faire des trucs bizarres. Il faut dire qu'avec
tout ce que je vous ai montré jusqu'à
présent, je
pensais avoir plus ou moins fait le tour. Eh bien je
découvre encore des surprises, et pas des
moindres -
et qui plus est, à mon insu.
Cette journée
commençait pourtant sous un augure très
différent.
Figurez-vous que je comptais avec trois amis du Dojo aller à
un
grand rassemblement des arts martiaux traditionnels japonais (Kodubokai).
J'avais préparé mon reflex et me faisais une joie
de vous
ramener de magnifiques photos de démonstrations de toutes
les
armes traditionnelles, de la hallebarde aux fusils à
mèche. Le programme était énorme,
super
alléchant, et l'entrée à 500 yens.
Ouaiiiiiis! Pas
d'hésitation donc, et rendez-vous à 9h30 au Budokan de Tokyo,
près de la station Kudanshita
; j'arrive à l'heure, tout est nickel. Et pourtant...

... pourtant donc, devant le
grand hall il n'y avait guère que
nous quatre... Vérification sur le programme tiré
du site
web, on est au bon endroit, à la bonne heure. 10h... Ils
doivent
avoir du retard. 10h15... On demande au gardien du parking ce qui est
arrivé à l'évènement
d'aujourd'hui, il sort
un papier de sa poche et nous répond que ça
commence
à 18h ce soir. Kézako?
Pourtant le type est
formel...
Nous voilà donc avec près de 8 heures
à tuer.
Alors
bien entendu, quand on est en plein centre de Tokyo, 8 heures, ce n'est
rien. De visite en ballade, nous voici arrivés à
Akihabara. Un dimanche après-midi : plein de Geeks et
d'Otakus,
des jeunes filles qui chantent dans la rue accompagnées d'un
magnéto-cassette, des gamines de 12 ans
déguisées
en personnages de mangas, entourées par une foule d'oeils
avides
qui les mitraillent de leur appareil photo. L'un de mes amis en profite
pour faire un peu de shopping. Et puis soudain, au milieu de toutes ces
excentricités tellement nombreuses qu'elles en
étaient devenues anodines,
quelque chose sort du
lot :
Ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais rien. Ce type avait
juste écrit "Bonjour, mon nom est ..." sur le papier
à côté de lui. Je
ne sais absolument rien d'autre, à part que les choses sont
parties en vrille à partir de ce moment.
Retour au Budokan un peu avant l'heure, et cette fois-ci,
soulagement, il y a foule! Sauf que quelque chose cloche. Tous
ces gens sont affublés d'affiches ou de
t-shirts représentant une espèce de croisement
entre Michel Polnareff et Elton John. Ça fait pas
très Budo... On retourne voir le gars du
parking, qui nous explique que oui, le concert va commencer dans 10
minutes. Quoi, le concert?
Direction l'accueil (qui
était
fermé au matin), où un gars nous explique, avec
un grand naturel, que ah
oui, le Budokai
a bien eu lieu, mais ce matin et à environ 300
kilomètres d'ici. Qué? En fait, tenez-vous bien,
je viens d'assister à ma première
défaillance dans le
service japonais jusque là irréprochable.
Figurez-vous que l'évènement a
été déplacé il y a quelques
semaines et que le site web n'a pas été mis
à jour!
Et voilà comment on part ramener des photos de
fiers Samourais pour rentrer avec une vidéo
débile. Je récapitule :
- Un rassemblement majeur du Budo japonais est
remplacé par une choucroute
à lunettes ;

- Le service japonais, d'habitude aussi efficace qu'Homer
Simpson sur une côte de porc, a
failli ;

- La personne qui nous annonce la faute ne se
répand pas en excuses avant de s'ouvrir le ventre, mais nous
balance
ça en langage familier avec juste un "Moshiwakenai" ;

- Un gars en caleçon-marcel par une
température de 3°C fait des pompes en pleine rue sur
un canard en plastique.

D'ailleurs, si on y réfléchit, tout a
commencé avec ce dernier évènement.
Voici ma théorie. Si vous regardez bien vers le milieu de la
vidéo, au moment où le protagoniste
sautille avec le
canard au-dessus de la tête, vous observerez,
pardonnez-moi
mais c'est scientifique, qu'il a quelque peu les kintama
qui font bura-bura.
En couplant la haute
improbabilité d'occurence d'une telle
scène avec la 42ème loi de la théorie
du chaos
(qui stipule que le mouvement oscillatoire d'un petit sac de billes
peut être
assimilé au battement d'ailes d'un papillon en rut),
n'importe
quel ignorant titulaire d'une thèse en physique quantique
appliquée aux maths dures pourra en déduire que
les ondes
ainsi générées ont
interféré avec
les supercordes
et opéré une résonnance de dimension
qui nous a fait glisser
dans un univers parallèle. Je me disais bien que
c'était pas normal
qu'on ne capte plus le réseau à ce
moment-là.
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