150 jours
Quoi, 150 jours déjà?!? C'est fou ce que le temps s'est envolé... Je suis partagé entre l'impression d'être arrivé il y a deux semaines et le sentiment d'avoir déjà vécu pas mal de choses.
Rien que pour la langue, malgré toute ma mauvaise foi et mon syndrôme de l'imposteur, je dois bien reconnaître que mes progrès sont encourageants, surtout quand on considère que lors de mon arrivée, je ne maîtrisais même pas le "niveau chien". C'est quoi le "niveau chien"? Eh bien, c'est quand vous entendez quelqu'un dans un parc crier "Kite, kite!", que vous vous demandez ce que ça veut dire, que vous voyez alors un chien courir vers cette personne en remuant la queue, et que vous réalisez que le chien a compris et que vous, pas. Le 4ème sous-sol de l'estime de soi. Heureusement, j'ai bénéficié dès mon arrivée de 3 mois de cours intensifs à raison de 4 heures par jour, 5 jours par semaine, qui se sont révélés fantastiques. J'ai bien entendu continué à travailler la langue une fois ces cours terminés, et je commence à récolter mes premiers fruits : ces derniers temps, j'ai été capable de tenir des conversations casuelles en japonais sans trop enquiquiner mes interlocuteurs. La joie que l'on ressent dans ce moment-là est indescriptible. Pendant des mois j'étais l'équivalent d'un sourd-muet (illettré de surcroît), et je viens de retrouver mes sens. Bien entendu, ça ne casse pas des briques, et ma conversation reste assez médiocre. Mais c'est malgré tout un cap, et le cultivateur qui sème un nouveau champ sait que sa première récolte sera pauvre et que le rendement normal sera atteint à partir des suivantes. Alors, ganbatte! Reprise des cours de japonais en octobre, et je compte bien passer le JLPT niveau 3 en décembre.
L'incapacité à utiliser la langue du pays n'a évidemment pas facilité mes contacts avec les Japonais, et en dehors des cercles que je connaissais déjà (et qui forcément se débrouillent en anglais ou en français) je n'ai guère réussi à établir de véritables relations. Cela mélangé à l'aura de Gaijin qui m'entoure et à la prudence de l'Homo Insulus devant tout ce qui ne provient pas de son île m'a fait vivre quelques situations pathétiquement cocasses. L'anecdote la plus marquante à ce sujet reste une rencontre que j'ai faite lors du Matsuri. On me présente cette charmante demoiselle qui allait commencer à étudier le français à la fac à la rentrée d'octobre. "Super" que je me dis, "peut-être enfin un moyen de se faire des amis!" La personne en question, au demeurant fort sympathique durant tout l'entretien, étant incapable de parler ni français, ni anglais, nous engageons la discussion en japonais, avec certes pas mal de difficultés de mon côté mais on s'en sortait quand même. Jusqu'au moment où, en plein milieu d'une de mes phrases, elle tourne les talons et s'en va, sans mot dire, me laissant avec moi-même au beau milieu de la foule qui devait se demander pourquoi je parlais tout seul comme un con en japonais. Ce moment de solitude exceptionnel restera marqué dans ma mémoire pour un bon bout de temps, et je n'y ai toujours rien compris. Malaise en raison de mon manque de maîtrise de la langue? Ai-je dit une connerie sans le vouloir? Avais-je une couille qui dépassait du shimekomi? Aucune idée encore à ce jour.
J'ai également appris tristement que pour pas mal de Japonais, l'amitié, même si elle est de longue date, se résume à se rencontrer de temps en temps pour faire la fête. Et que dans cette société très normalisée, mais où les gens ont soif de relations véritables (cela crève les yeux à travers les fictions exportées par ce pays, mangas et autres doramas), énormément d'occasions de créer des liens sont étouffées par le protocole et la bienséance. Mais je ne désespère pas de trouver, comme il en existe dans chaque pays, des personnes qui savent d'affranchir des barrières imposées par leur éducation.
J'ai enfin eu la chance de vivre deux expériences assez fortes, à savoir grimper le Mont Fuji et participer au Matsuri d'Omiya, que j'ai relatées en vidéo. J'espère que je pourrais en faire beaucoup d'autres comme celles-là.
Donc finalement, si ces 150 premiers jours au Japon se sont écoulés aussi vite, c'est probablement parce qu'ils ont été très riches et chargés. Ce qui est exactement pourquoi je suis venu ici. Et vous savez quoi? Le temps devrait s'écouler encore plus rapidement par la suite, car je suis persuadé que le meilleur est encore à venir.
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Commentaires
頑張れ
Salut
je suis tombé sur ton blog par lejapon.org, et je le trouve génial.
Sur ton moment de solitude, c'est marrant parce que j'ai vécu pratiquement le même à Paris il y a des années, quand je commençais le japonais (plus de 8 ans déjà... comme le temps passe). Jamais compris moi non plus. Je me suis dit que j'avais peut être été trop enthousiaste, que ça lui avait fait peur, ou encore qu'elle avait eu peur de s'emballer elle-même, que sais-je...
En tout cas, depuis, de l'eau a passé sous les ponts, j'ai largement progressé, rencontré d'autres Japonais(es), et eu de bien meilleures expériences.
Je ne peux que te dire "頑張って". Les Japonais qui "savent s'affranchir des barrières imposées par leur éducation" sont plus nombreux qu'on le croit... Comme tu l'as dit, beaucoup rêvent de véritables relations humaines - notamment les femmes, mais également les hommes, faut pas croire.
ça donne vraiment envie,
ça donne vraiment envie, j'ai hâte d'avoir le mérite de la nationalité japonaise moi aussi, j'ai fait la jungle thai , ses moustiques pervers et ses démons qui attaquent la nuit lors d'une sortie repoudrage de nez, un ptit volcan éteint ça devrait être à ma portée... Pour la jeune fille j'ai ri, désolée, je me disais, si ça se trouve c'est que ça ne dépassais pas v_v'''....
Se repoudrer la nuit en
Se repoudrer la nuit en pleine jungle, faut le chercher aussi...
Sinon c'est décidé, pour l'année prochaine je me fais un shimekomi en rideau qui s'ouvre et se ferme sur commande! On arrivera peut-être à quelque chose avec ça...
kite, kite
As-tu envisagé que "kite, kite" était peut-être le nom de ce chien ?
Quant à la fille, si elle s'est sauvée parce que tu avais les "oreilles qui dépassaient du bonnet", t'as rien perdu, elle avait franchement pas d'humour !
J'ai progressé en japonais depuis... :p
... "kite" (来て) est la forme impérative du verbe "kuru" ( 来る) et ça signifie donc un truc du genre "viens!". Pour les noms de chiens, les Japonais savent faire preuve d'originalité... quelqu'un m'a un jour avoué que son chien s'appelait "Alex". -_-; Mais bon, c'est de bonne guerre hein! Il n'y a pas si longtemps, j'avais bien un chien qui s'appelait "Yuki"...
oh la la !
mon dieu !!!! quel vent !!! quel cruauté !!! j espere que ca t as pas d écouragé ?
Yo Alex
Alors finalement, t'as passe le JLPT niveau trois, ou alors carrement le niveau deux
?
Très franchement, vu le prix
Très franchement, vu le prix qu'ils demandent pour le passer, je préfère attendre l'année prochaine et tenter directement le 1!