Mon cours de japonais

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Encore une semaine sans nouvelles! C'est qu'il ne s'est rien passé de bien excitant. Depuis la semaine dernière, nous sommes en effet en plein tsuyu (saison des pluies). Il fait chaud, très humide, et bien entendu il pleut. C'est un vrai bain-marie et ça ne se prête pas trop aux nouvelles expériences.

Alors comme il n'y a pas eu de travesti adepte de Marilyn Manson ou de cycliste nekophile, je vais meubler avec des choses plus anodines mais je l'espère intéressantes malgré tout. On va commencer par mon cours de japonais.

Ah, mon cours de japonais. Il m'émerveille et me désespère en même temps. Il m'émerveille parce que ça me fait un bien fou de faire autre chose que de la recherche (ceux qui ont soutenu ou qui s'apprêtent à le faire me comprennent), et la grande qualité des cours, couplée aux enseignants (7 en tout!) qui sont tout simplement géniaux, font que je vois mes progrès de jour en jour à raison de 4 heures quotidiennes. Il me désespère car malgré cela, quand je quantifie ma maîtrise de la langue en nombre de kanjis ou de mots de vocabulaire, ou quand j'essaie de baragouiner un peu, je vois que je suis encore très loin du compte. Comme pour tout, il y a des motifs de satisfaction et de découragement.

La satisfaction, c'est la prononciation. Il fait bon être français pour parler certaines autres langues, et le japonais en fait partie. Ma classe comprend les nationalités américaine, finlandaise, chinoise, coréenne et malaisienne, et la prononciation très claire et affutée du japonais se rapproche assez des sons français (à l'exception des "h" aspirés). Les anglophones souffrent d'un accent plus prononcé que nous autres, quant aux chinois, ils ont tendance à manger la moitié des mots et leurs phrases sont fréquemment incompréhensibles. Les malaisiens sont déjà rodés à trois langues (ils parlent malais, chinois et anglais! 0_0), alors ayant intégré tous ces sons différents la prononciation japonaise ne leur pose pas vraiment de problème.

La grammaire japonaise, elle, est une bizarrerie pour ceux qui ne connaissent que les langues occidentales. Les verbes n'ont que deux temps, présent et passé. Ils ne se conjuguent pas en fonction de la personne. En revanche, ils se conjuguent en fonction du niveau de politesse souhaité ou pour faire une phrase négative ou potentielle. Mieux, il y a deux types d'adjectifs, et l'un d'eux se conjugue! La seule règle importante pour l'ordre des éléments dans une phrase est que le verbe principal doit se trouver à la fin, le reste est libre, en fonction de l'humeur et de l'élément sur lequel on veut mettre l'accent. Pour déterminer la fonction grammaticale de chaque élément de phrase, on lui colle une "particule" ("ha", "wo", "he", "ni", ...) aux fesses. Ce qui fait que la phrase "Je vais à la gare", écrite en utilisant des mots français et la grammaire japonaise donne... ceci :

    Je (sujet) gare (direction) aller.

Ou avec le vocabulaire japonais : "boku ha eki he iku".

"Super"! Que vous me dites. Avec une grammaire aussi simple, ça doit s'apprendre tout seul! Ok, l'exemple que j'ai donné est ridiculement simple. Mais quand vous faites une phrase plus complexe et que vous devez tout inverser par rapport à votre grammaire natale, le processus de conversion prend bien plus de temps. Et par ailleurs, tenter de faire des phrases en français ou en anglais, en traduire le vocabulaire puis les adapter à la grammaire japonaise n'a aucun sens. La langue formattant l'esprit, pour pouvoir parler correctement japonais, il faut changer sa manière de penser.

Si vous essayez de traduire directement "Est-ce que je peux fumer?" ou "Cela vous dérange-t-il si je fume?", vous ne vous ferez jamais comprendre. La forme à employer ressemble plutôt à "(le fait de) fumer est-il bien?" (tabako wo sutte mo ii desu ka). Dès que vous voulez faire une phrase un peu plus évoluée que sujet-verbe, vous rencontrez ce genre de différence. Et encore, ce n'est que le moindre des maux. Pour le pauvre européen, le calvaire ne commence vraiment qu'avec l'apprentissage de l'écriture.

Comme vous le savez, les japonais n'utilisent pas l'alphabet latin, bien qu'une transcription officielle existe. Au lieu de cela, ils se servent de trois autres alphabets. Les deux premiers, hiraganas et katakanas, sont en fait des ensemble de phonèmes, représentants tous les deux les mêmes sons. Pourquoi utiliser deux alphabets si les sons représentés sont les mêmes? Les hiraganas servent à retranscrire les mots japonais et les particules grammaticales, les katakanas les mots étrangers. Évidemment, l'utilisation de phonèmes n'offre pas la même richesse phonétique que notre système consonnes-voyelles, et les sons en japonais sont très limités. La retranscription des mots étrangers en prend un sacré coup. Imaginez que le nom américain "Smith" se dit "Sumissu", "Alex" se dit quant à lui "Alekkusu". La plus belle perle que je connaisse, c'est la transcription de "prêt-à-porter" qui se dit "puretaporute" (prononcez les "r" comme des "l"). Malgré tout, cela fait déjà deux fois quarante-six caractères à connaître pour pouvoir lire les livres d'enfants de 3 ans. Et la phrase "Je vais à la gare", retranscrite en hiraganas, s'écrit maintenant "ぼくはえき へいく". Tiens, les espaces ont disparu? Eh oui, parce qu'en japonais il n'y a PAS D'ESPACES! Alors comment on sait quand on est arrivé à la fin d'un mot? J'en sais rien. Démerdez-vous.

Et puis un jour le prof arrive, verrouille toutes les portes de la salle, et vous pose un collier chargé de vous faire exploser la trachée si vous tentez de vous enfuir (qui a vu Battle Royale?). Vous allez en effet commencer l'étude des kanjis, les caractères empruntés au chinois dont environ 2000 sont nécessaires pour lire le journal. Un de mes profs nous a raconté l'histoire (très, très simplifiée) de l'adoption des kanjis par les japonais. Cela remonte à l'époque où la noblesse japonaise parlait le chinois, qui était alors considéré comme une langue raffinée. Bien entendu, ils l'écrivaient également, et certains des textes écrits sont parvenus jusqu'au menu peuple qui s'est dit "tiens, alors ce mot s'écrit comme ça?". Sauf qu'en associant l'écriture d'une langue étrangère aux sons japonais, il y avait peu de chance pour que chaque kanji tombe exactement sur le même son. Du coup, chacun d'entre eux a en général deux prononciations en fonction du mot, parfois (souvent) encore plus. Pour chaque kanji, il faut donc retenir le sens qu'il convoie, son dessin (avec les traits dans l'ordre!), ainsi que ses multiples prononciations et tant qu'à faire les mots dans lesquels il est employé, sinon on ne sait pas quand employer quelle prononciation. C'est pas de chance, hein? Fort heureusement (ou pas?), certains kanjis servent à la conception d'autres, plus compliqués. Par exemple, avec le kanji de "cheval" (馬) et de "mesure" (尺), vous obtenez le kanji "gare" (駅). Ok, c'est pas le meilleur exemple, mais d'autres sont plus logiques, et parfois même poétiques. Vous avez ainsi "homme" (男), la force (力) des champs (田). "aimer" (好), est composé de "femme" (女) et "enfant" (子). Malgré tout, il y a bien peu de sens à ces dessins et l'on prétend que retrouver leur logique de conception reviendrait à résoudre le problème de l'unification des forces en physique. Et voici enfin ma petite phrase "Je vais à la gare" écrite en utilisant les kanjis : "僕は駅へ行く".

Mis bout-à-bout, les kanjis forment le vocabulaire japonais. Le sens du mot est porté par la signification combinée des caractères. Quelques exemples : électricité domestique ou denki (電気), l'esprit (気) de l'électricité (電). Professeur ou sensei (先生), avancé (先) dans la vie (生). Plus connu, kamikaze (神風), le vent (風) divin (神).

Et voilà de quoi vous permettre de comprendre un peu l'univers dans lequel je baigne, et pourquoi il ne faut pas me dire "Quoi? Tu parles pas encore avec les japonais dans la rue??". Mais si mon apprentissage se poursuit aussi bien, je devrais petit à petit saisir les subtilités de cette langue et mieux m'exprimer. En attendant, beaucoup efforts de meilleure étude faire persévérer. Car lentement progrès seulement accomplir peut. Vous pas peur avoir. Encore je de blog lire veuillez. Et plus mieux article de langue japonaise de étude ici lire pouvoir.

Commentaires

Ce lien est genial!

Portrait de Erwan

Je viens de lire l'article dont tu a mis un lien a la fin de ce post, c'est ENORME. Je me suis marre tout du long "la plupart des Japonais ont arrêté de lire il y a très longtemps, désormais ils consacrent la plus grande partie de leur temps à jouer aux Pokémons."

La transcription en japonais des mots étrangers !

J'adore :D Moi je m'amuse aux devinettes avec mon copain (qui n'apprend pas le japonais :X) !

Rorusu-Roisu . Allez ! Dis moi ce que ca veut dire Sticking out tongue

Ou bien : Sutorasubuuru

 

Bon, le premier: c'est Roll-Roise (et oui ><)

Et le deuxième, attention tenez vous bien, c'est Strasbourg !

 

Ca vous en bouche un coin hein :x ?

 

Bon, Ja ne :D !