C'est un long billet que j'écris cette fois-ci, mais je pense qu'il est nécessaire et j'espère qu'il permettra à certaines familles de personnes vivant à Tokyo de se rassurer sur la situation. Beaucoup ne comprennent pas pourquoi nous restons ici, alors que les médias avancent de plus en plus fermement le scénario d'une catastrophe imminente à une échelle jusqu'à présent jamais vue. Un scénario fait de complots, avec un gouvernement japonais totalement désespéré et résigné à abandonner sa capitale qu'il ne peut pas matériellement évacuer. Les gouvernements étrangers, eux aussi résignés, commencent à évacuer leurs ressortissants dans tout le pays. N'est-ce pas le signe que le scénario catastrophe d'une contamination massive de Tokyo est sur le point de se réaliser?
Je suis personnellement de plus en plus convaincu que non. J'ai assisté aujourd'hui à la réunion d'information quotidienne sur la situation à Fukushima qui a eu lieu à l'ambassade de France de Tokyo. Les services diplomatiques français jouent la transparence avec la communauté et chacun peut se présenter à 12h30 afin d'entendre les évolutions de la journée et poser ses questions. La communication de l'ambassade au début du désastre m'avait semblé, comme à beaucoup, alarmante et un peu maladroite quand on pense qu'on nous avait annoncé un nuage radioactif imminent pour Tokyo avant de démentir l'information 10 minutes plus tard. Mais nous avons eu droit aujourd'hui à un point clair, transparent, et rassurant, tout le contraire des saloperies que vous balancent les chaînes de télé et journaux.
Avant d'aller plus loin, et au vu de la popularité qu'a pris ce billet, je tiens à préciser que son but est uniquement de rassurer les familles des personnes ayant désiré rester à Tokyo qui souffrent terriblement en leur expliquant que les recommandations diplomatiques ne sont pas forcément décidées uniquement en fonction de la situation réelle du terrain. Ce billet n'est ni un appel à rester à Tokyo (vous êtes seul responsable de vos actes), ni un démenti des recommandations de l'ambassade de France qui applique le principe de précaution pour ses ressortissants et travaille très dur dans cette situation difficile pour tous.
Lors de l'arrivée à l'ambassade, j'ai pu remarquer que de nombreuses personnes avaient les traits tirés et semblaient bien fatiguées. Croyez-moi, l'ambassade est bel et bien présente contrairement à certaines rumeurs dont je m'étais également fait le relais et travaille dur, notamment pour permettre aux conjoints des français candidats au départ d'avoir un visa en un temps record.
Etaient notamment présents au point d'information: Mr. l'Ambassadeur, un expert d'Areva (ce qui dément une autre rumeur disant qu'ils avaient quitté le pays), et un autre de l'IRSN, l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire.
Voici ce que l'on peut retenir de ce point:
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L'action du gouvernement français est dictée par le principe de précaution - les recommandations ne doivent donc pas s'interpréter comme une menace imminente.
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Toujours au nom du principe de précaution, certains services de l'ambassade pourront temporairement relocalisés à Osaka le temps que la crise se finisse, cependant contrairement à ce qui a été dit l'ambassade ne fermera pas.
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Mr. l'Ambassadeur (qui était donc là, encore une fois contrairement aux rumeurs) a déclaré que "Même dans le pire des scénarios, il n'y a vraiment pas de quoi paniquer." Les deux experts présents sur place ont également pu me confirmer qu'un scénario à la Tchernobyl, avec émission haut dans l'atmosphère de particules radioactives qui pourraient polluer une large zone, n'était pas envisageable.
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L'ambassadeur a réaffirmé sa confiance dans les autorités Japonaises et l'adéquation de leurs mesures de protection, en soulignant que la France menait ses propres évaluations et qu'elles concordaient avec les mesures prises jusqu'à présent.
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A la question "Comment rassurer nos familles sur la réalité de la situation quand les médias leur montent la tête avec un scénario de fin du monde", l'ambassadeur a répondu qu'une information actualisée et de source française était présente sur le site de l'IRSN, et que c'était là que pouvaient se diriger les personnes en quête d'informations officielles de la part de la France.
En effet, sur le site de l'IRSN on trouve notamment l'animation suivante qui représente selon une simulation la quantité de radiations qu'absorberait une personne après X jours à un endroit donné.
http://www.irsn.fr/FR/popup/Pages/animation_doses_corps_entiers_17mars.aspx
On y voit notamment qu'une personne vivant à Tokyo n'a aucune chance de recevoir plus de 0.1mSv si elle est constamment à l'extérieur. Ce qui selon EDF correspond à... la même dose de radiations qu'une radiographie du thorax. A part à se trouver dans la zone rouge sur la carte, il n'y a pas de risque discernable pour la santé.
Voici donc la position française sur la dangerosité de la situation. Pourquoi alors conseiller aux habitants de Tokyo de quitter la région, leur proposer de les évacuer, et distribuer des pastilles d'iode? Là interviennent le show-business et la politique.
Comme vous le savez, les médias étrangers, dans leur incompétence légendaire, ont dès le début et en toute ignorance de cause adopté un vocabulaire apocalyptique à propos de la situation à Fukushima et déclenché une vive frayeur chez la population déjà Tchernodébilisée par la propagande écolo. Très vite avec la dégradation de la situation, on s'est logiquement mis à parler d'un nouveau Tchernobyl (alors même que la nature des centrales de Fukushima ne leur permet pas d'exploser et que la réaction nucléaire y est arrêtée, contrairement à la catastrophe de 1986), voire potentiellement pire. Voici ce que l'on m'a expliqué en privé à l'ambassade : face à une telle situation et une telle crainte dans une opinion publique totalement ignorante sur la question du nucleaire, un gouvernement ne peut pas prendre le risque de faire croire qu'il prend la chose à la légère et doit donc agir, que ce soit utilement ou pas, sous peine de passer pour irresponsable aux yeux de l'opinion. D'où les opérations de rapatriement et les conseils donnés à partir. D'un point de vue de politique intérieure, de telles mesures permettent également de rassurer la population sur la réponse du gouvernement. En gros, cela permet aussi remonter dans les sondages et de gagner des élections.
Voici donc l'information, celle qu'il faut retenir. Ce qui se passe à Fukushima est de toute évidence un incident grave et qui fera date. Cependant, l'énergie restante du combustible est déjà bien réduite par rapport à ce qu'elle était lorsque la centrale était en activité il y a plus d'une semaine, et en l'absence de grosse explosion qui projetterait de la poussière radioactive à grande hauteur, une contamination à grande échelle est impossible. Même en cas de fusion totale de 6 réacteurs, les dommages resteront très locaux. Les autorités Japonaises luttent avec acharnement et on peut espérer que la situation tourne à leur avantage dans les prochaines heures. Cependant, même si ce n'était pas le cas, Tokyo ne serait vraisemblablement jamais menacée de contamination radioactive.
Les idiots qui ont mis cela dans la tête des familles de personnes présentes ici, les faisant paniquer, et provoquant par là-même la fuite de milliers d'étrangers de Tokyo, parfois pour un retour définitif dans leur pays, sont tout simplement les journalistes qui font de la surenchère à la peur afin de mieux vendre leurs torche-culs. Imaginez donc, c'est le scénario rêvé : la plus grande métropole du monde, déjà frappée par un tremblement de terre, menacée par une catastrophe nucléaire! Une course contre la montre dans laquelle des hommes jouent leur vie afin d'éviter un nouveau Tchernobyl! Et un happy end comme on les aime, avec des héros à la Bruce Willis qui auront évité la catastrophe à la dernière minute et sauvé le monde. On ira ensuite cracher sur la réaction, forcément mauvaise, des autorités japonaises pour rajouter au sentiment qu'on a frôlé le pire et ainsi distribuer la meilleure télé-réalité que l'on ait faite jusqu'à présent. Et pour s'assurer de l'assiduité des masses, on les concerne au premier plan en leur faisant gober que le nuage pourrait arriver jusqu'en France, à 12.000 km de là! Vite vite les veaux, courrez acheter vos pillules d'iode à la pharmacie!
Désolé donc pour ceux qui souhaiteraient se rincer l'oeil d'une nouvelle catastrophe touchant le Japon ou qui souhaiteraient que je me fasse vaporiser la gueule (sisi, il y en a, ils m'envoient même des messages), Fukushima est et restera un incident nucléaire grave sans devenir une catastrophe sanitaire. La vraie catastrophe est celle des 200.000 personnes qui ont perdu leur maison, leur travail, leurs proches et qui dorment entassés dans des abris alors que tombe la neige. Mais c'est tellement moins prenant que ce joli scénario à la Hollywood qu'on peut bien les abandonner à leur misère, tant qu'on donne du temps de cerveau aux annonceurs.
C'est très dommage pour ceux qui sont partis de Tokyo voire du Japon, parfois en perdant beaucoup, à cause de cette désinformation terrifiante pour les familles de ceux qui restent, qui vivent des moments d'angoisse et ne comprennent pas pourquoi leurs proches ne fuient pas cet enfer. C'est terrible pour nous qui devons rassurer nos familles, seuls contre ce torrent de désinformation et de panique, parfois au prix de violentes disputes qui font du mal à tout le monde, et qui parfois doutons nous-mêmes. Si vous avez donc peur, rassurez-vous: ce n'est pas la centrale de Fukushima qui vous fait peur, mais juste une bande de gratte-papiers incultes, irresponsables et opportunistes qu'on appelle journalistes.
J'aimerais terminer par une petite anecdote qui m'a été racontée à l'ambassade. Une équipe de télévision d'une grande chaîne française aurait été contrôlée positive à une (infinitésimale) radiation lors de son retour à Paris après avoir joué les Rambos dans la zone interdite de Fukushima. Aucun risque pour leur santé, mais le commentaire que nous a fait en privé un des officiels présents vaut son pesant d'or et résume très bien la situation: "C'est bien fait pour leur gueule. C'est de leur faute si vos familles vous appellent toutes paniquées depuis samedi".
Mise à jour du 19 mars 2011 : Le gouvernement Britannique vient de déclarer que le conseil des services français de quitter Tokyo à cause d'éventuelles radiations n'était pas dicté par la science.
22 Mars 2011 : Un excellent article d'un diplômé en physique nucléaire sur l'enchaînement d'évènements qui a eu lieu à Fukushima.
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